Aujourd’hui je suis fatiguée. Fatiguée de ne pas faire la paix avec mon corps, avec mes envies, et même avec mes pensées. Alors je vais essayer de m’expliquer, de dire ce que je vis, simplement parce que je n’en peux plus de me taire. Mon garçon sait ce que je vis, oui, évidemment. Il est à mes côtés et m’écoute, ne me juge pas, ne me force pas à manger, jamais, même s’il m’a avoué une fois s’en inquiéter. Il n’est pas là aujourd’hui, et puis je culpabilise de toujours tout reporter sur lui…
En fait, je ne sais même pas de quoi je souffre. D’anorexie, je pense, puisque le simple fait de manger me fait culpabiliser, me sentir sale. Je savais depuis longtemps que j’avais cette tendance en moi, cette acceptation du fait que je peux forcer mon corps, cette affection pour la torture que l’on appelle faim. Mais j’ai toujours aimé manger, aussi, alors de fillette boulotte j’ai continué sur la pente. Jusqu’à ce début d’année ou à 99 kg j’ai dis stop.
Alors, ironiquement, j’ai découvert le plaisir de cuisiner… Pour les autres. Faire un plat que je vais aimer, en manger trois cuillérée, puis laisser les autres le finir. J’ai appris que je pouvais rester sans problème trois jours sans manger, avant qu’un malaise ne me réveille dans la nuit et que mon corps prenne le dessus.
Je me suis offert une balance, en mai, et je l’ai vite considérée comme ma meilleure amie, comme celle dont je ne pouvais pas me passer plus d’une journée (je m’inquiète déjà pour Noël, ou je vais passer près d’une semaine sans balance. Cet effroi me tombe dessus parfois, en journée). Haineuse des régimes, et de tout ce qui m’obligerait à calculer des calories, je mange toujours ce qui me fait plaisir. Mais à raison d’un repas par jour (et encore, ce n’est que dans mes « bonnes » périodes)
Quand je suis arrivée ici je faisais 75kg et il y a eu comme un déclic. Il fallait que j’arrête, c’était dangereux comme pente. Certes (et puisque je passe aux « aveux » j’en parlerai plus tard) ça me rendait euphorique. Mais mes cheveux qui tombaient, mes humeurs changeantes et mes étourdissements me criaient que tout n’allait pas bien. Depuis je n’ai perdu « que » 5kg. Ca va paraître ridicule mais pour moi c’est une victoire. C’est une victoire à chaque fois que je fais un repas sans sauter sur ma balance immédiatement après (mais je le ferai toujours dans les trois heures à venir, sous peine d’angoisses)
Pourquoi j’ai commencé ? Les 99 kg furent une prétexte, mais j’étais en réalité simplement dans une période de déprime. Pourquoi j’ai continué ? Pourquoi à présent j’ai tant de mal à arrêter ?
C’est bien simple, et peu glorieux en même temps : j’ai été heureuse des remarques de mon entourage, j’ai commencé à aimer mon reflet dans la glace. Les os de mes hanches qui affleuraient quand je me couchais, les os sur le devant des épaules qui se dessinaient, le petit creux juste à la base du cou… Ce fut grisant aussi de voir mes vêtements devenir trop grand, d’aller dans un magasin plus seulement pour acheter le premier 44 dans lequel je rentrerai, mais bien pour choisir… Puis ensuite pour passer à la taille au dessous et finir elle-même par la trouver grande.
Cet après midi encore. J’ai acheté ma première jupe au dessus du genoux, parce que mes genoux, justement, ont perdu une grande partie de leur masse graisseuse qui me les rendait hideux. Alors oui, cela m’a rendu, et continue à me rendre (il ne faut pas se voiler la face) euphorique. Parce que, en sus de mes autres défauts, je deviens narcissique et cherche à surprendre mon reflet dans les devantures depuis qu’il commence à me plaire. (et je pense que cela n’aide pas à me « guérir »)
Mais derrière ça se retrouvent tous les corollaires, toutes ces choses qui me font pleurer et me forcent à sortir de cette saleté de spirale dans laquelle je me trouve.
J’espace les dîners entre amis, et refuse parfois d’y participer, tout cela pour ne pas manger alors que « l’heure » n’est pas encore venue (il m’arrive de me fixer un poids à atteindre. Tant que je ne l’ai pas atteints, je ne mange pas. Où je ne mange que des céréales. D’ailleurs ce système de gratification existe à plusieurs niveaux. Quelque part dans ma tête est marqué « quand tu feras 69 kg, tu pourras aller te faire piercer le nombril »)
Je ne me risque pas à manger en public, dans la rue ou quoi que ce soit. J’ai passé l’été à rêver d’un granité. Mais hélas je n’ai pas atteint le poids auquel je m’étais astreinte avant de me le permettre. Je n’en mangerai donc pas avant l’été prochain.
J’ai tout le temps froid (enfin, aussi, je suis frileuse à la base, alors je ne sais pas si ça change grand-chose) et il m’arrive de plonger dans une profonde nostalgie, ou une impression de mal être difficile à me dépêtrer (en fait, c’est très facile… Il suffit de manger ^^’ ou alors d’une marque d’amour)
La dernière chose, dont j’ai pris conscience il y a peu de temps, c’est que je suis devenue incapable de faire mes courses toute seule. Déjà auparavant j’avais du mal, par honte de ce que je mettais dans mon caddie (qu’allaient penser les gens si je prenais un pot de Nutella ?)
A présent la problématique est autre. J’arrive devant les rayons, je suis incapable de décider quoi prendre. Si je m’écoutais ce serait du lait et des céréales : tout ça parce que je ne sais plus vraiment ce qu’il faut manger, ce qu’il faut prendre pour une semaine. Je ne résonne qu’en terme d’un repas. Oui, je connais les ingrédients à prendre quand j’ai une envie. Pour les petites courses, je gère. Mais pour planifier une semaine ?
Alors il me faut la présence du garçon, sinon je suis perdue.
Ce soir, c’est sorti. Si quelqu’un s’est déjà trouvé dans la même situation quoi moi, j’aimerai avoir son témoignage.
En fait, je ne sais même pas de quoi je souffre. D’anorexie, je pense, puisque le simple fait de manger me fait culpabiliser, me sentir sale. Je savais depuis longtemps que j’avais cette tendance en moi, cette acceptation du fait que je peux forcer mon corps, cette affection pour la torture que l’on appelle faim. Mais j’ai toujours aimé manger, aussi, alors de fillette boulotte j’ai continué sur la pente. Jusqu’à ce début d’année ou à 99 kg j’ai dis stop.
Alors, ironiquement, j’ai découvert le plaisir de cuisiner… Pour les autres. Faire un plat que je vais aimer, en manger trois cuillérée, puis laisser les autres le finir. J’ai appris que je pouvais rester sans problème trois jours sans manger, avant qu’un malaise ne me réveille dans la nuit et que mon corps prenne le dessus.
Je me suis offert une balance, en mai, et je l’ai vite considérée comme ma meilleure amie, comme celle dont je ne pouvais pas me passer plus d’une journée (je m’inquiète déjà pour Noël, ou je vais passer près d’une semaine sans balance. Cet effroi me tombe dessus parfois, en journée). Haineuse des régimes, et de tout ce qui m’obligerait à calculer des calories, je mange toujours ce qui me fait plaisir. Mais à raison d’un repas par jour (et encore, ce n’est que dans mes « bonnes » périodes)
Quand je suis arrivée ici je faisais 75kg et il y a eu comme un déclic. Il fallait que j’arrête, c’était dangereux comme pente. Certes (et puisque je passe aux « aveux » j’en parlerai plus tard) ça me rendait euphorique. Mais mes cheveux qui tombaient, mes humeurs changeantes et mes étourdissements me criaient que tout n’allait pas bien. Depuis je n’ai perdu « que » 5kg. Ca va paraître ridicule mais pour moi c’est une victoire. C’est une victoire à chaque fois que je fais un repas sans sauter sur ma balance immédiatement après (mais je le ferai toujours dans les trois heures à venir, sous peine d’angoisses)
Pourquoi j’ai commencé ? Les 99 kg furent une prétexte, mais j’étais en réalité simplement dans une période de déprime. Pourquoi j’ai continué ? Pourquoi à présent j’ai tant de mal à arrêter ?
C’est bien simple, et peu glorieux en même temps : j’ai été heureuse des remarques de mon entourage, j’ai commencé à aimer mon reflet dans la glace. Les os de mes hanches qui affleuraient quand je me couchais, les os sur le devant des épaules qui se dessinaient, le petit creux juste à la base du cou… Ce fut grisant aussi de voir mes vêtements devenir trop grand, d’aller dans un magasin plus seulement pour acheter le premier 44 dans lequel je rentrerai, mais bien pour choisir… Puis ensuite pour passer à la taille au dessous et finir elle-même par la trouver grande.
Cet après midi encore. J’ai acheté ma première jupe au dessus du genoux, parce que mes genoux, justement, ont perdu une grande partie de leur masse graisseuse qui me les rendait hideux. Alors oui, cela m’a rendu, et continue à me rendre (il ne faut pas se voiler la face) euphorique. Parce que, en sus de mes autres défauts, je deviens narcissique et cherche à surprendre mon reflet dans les devantures depuis qu’il commence à me plaire. (et je pense que cela n’aide pas à me « guérir »)
Mais derrière ça se retrouvent tous les corollaires, toutes ces choses qui me font pleurer et me forcent à sortir de cette saleté de spirale dans laquelle je me trouve.
J’espace les dîners entre amis, et refuse parfois d’y participer, tout cela pour ne pas manger alors que « l’heure » n’est pas encore venue (il m’arrive de me fixer un poids à atteindre. Tant que je ne l’ai pas atteints, je ne mange pas. Où je ne mange que des céréales. D’ailleurs ce système de gratification existe à plusieurs niveaux. Quelque part dans ma tête est marqué « quand tu feras 69 kg, tu pourras aller te faire piercer le nombril »)
Je ne me risque pas à manger en public, dans la rue ou quoi que ce soit. J’ai passé l’été à rêver d’un granité. Mais hélas je n’ai pas atteint le poids auquel je m’étais astreinte avant de me le permettre. Je n’en mangerai donc pas avant l’été prochain.
J’ai tout le temps froid (enfin, aussi, je suis frileuse à la base, alors je ne sais pas si ça change grand-chose) et il m’arrive de plonger dans une profonde nostalgie, ou une impression de mal être difficile à me dépêtrer (en fait, c’est très facile… Il suffit de manger ^^’ ou alors d’une marque d’amour)
La dernière chose, dont j’ai pris conscience il y a peu de temps, c’est que je suis devenue incapable de faire mes courses toute seule. Déjà auparavant j’avais du mal, par honte de ce que je mettais dans mon caddie (qu’allaient penser les gens si je prenais un pot de Nutella ?)
A présent la problématique est autre. J’arrive devant les rayons, je suis incapable de décider quoi prendre. Si je m’écoutais ce serait du lait et des céréales : tout ça parce que je ne sais plus vraiment ce qu’il faut manger, ce qu’il faut prendre pour une semaine. Je ne résonne qu’en terme d’un repas. Oui, je connais les ingrédients à prendre quand j’ai une envie. Pour les petites courses, je gère. Mais pour planifier une semaine ?
Alors il me faut la présence du garçon, sinon je suis perdue.
Ce soir, c’est sorti. Si quelqu’un s’est déjà trouvé dans la même situation quoi moi, j’aimerai avoir son témoignage.
Si Dieu n'avait fait la femme, Il n'aurait pas fait la fleur.
[Victor Hugo]
[Victor Hugo]
