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Un matin vous ouvrez les yeux, le poil terne, la paupière basse, une chape de plomb sur les épaules et un crabe qui vous bouffe l’estomac. Pas moyen de se lever, on est si bien au chaud sous la couette, le nez dans l’oreiller. Cela faisait quelques jours d’ailleurs que vous étiez fatiguée. Vous avez peut être un cancer-le sida-une malade grave qui vous condamne – rayez-la-mention-inutile-s-il-y-en-a-une. De toute façon, vous ne manquerez à personne, personne ne vous aime. Si. Là. Enfin y’en a bien un ou deux qui vous apprécie mais jamais-au-grand-jamais à votre juste valeur. Tant pis pour eux, ils se rendront compte de la formidable personne que vous êtes lorsque vous aurez disparue. Tout comme votre chef, il défilera la larme à l’œil à vos funérailles, et déclamera les bras en croix que l’entreprise ne survivra pas sans vous. Bien fait. Une petite larme coule le long de votre joue tandis que vous imaginez avec nostalgie le défilé de personnes sanglotant devant votre tombe ouvertes, jetant de majestueuses roses rouges sur votre dernière demeure.

Ne bougez plus, ça y est, vous y êtes, dans la belle, la grande, la véritable crise de misérabilisme. En avant pour le grand spectacle. Une chtite crise de sanglots dans l’oreiller, justifiée d’ailleurs, vous êtes au bord du gouffre, là, aujourd’hui à sept heures du matin et personne, je dis bien personne, ne devine à quel point vous allez mal et ne vous appelle. Ils doivent tous être en train de pioncer, ces monstres. Monde pourri.

Au bout d’un moment vous vous levez quand même. Un coup d’œil au miroir vous confirme l’atroce vérité que vous sentiez au fond de votre cœur : vous avez tout du gnou. Si si du gnou ! Regardez votre visage bouffi, votre nez pas droit, vos kilos en trop, le bouton sur le front. Un monstre, beurk. Vous en étiez sure, vous êtes gravement malade. Autant vous suicidez tout de suite.

Vous jouez un peu avec l’idée, peaufinez les détails. Deux options :

(1) Vous mourrez seule dans votre appart et au bout de quelques jours sans nouvelles, un de ces monstres sans cœur qui ne vous aime pas à votre juste valeur viendra bien taper à la porte demander des nouvelles. Ne serait ce que votre copine Béa qui ne viendra sûrement que pour récupérer son précieux CD qu’elle vous réclame à corps et à cris depuis trois semaines. Pétasse égoïste qui n’a même pas été capable de deviner à quel point vous alliez mal, elle se retrouvera nez à nez avec votre pauvre cadavre allongé dans son lit, blanc, livide, froid, mais artistiquement arrangé. Style Juliette sur le corps de Roméo avec Roméo en moins. Elle commencera pas vous prendre doucement la main et tentera de vous réveiller. Trop tard, t’avais qu’à y penser avant, au lieu de me parler de ton succès auprès des mecs, de ton boulot formidable ou de la dernière superbe jupe dans laquelle tu rentres ton petit cul de serpent. Bien fait, gnark gnark gnark !

(2) Deuxième option : le spectaculaire instantané. Sauter sous le métro, tiens. C’est visuel, cela, ça jette. Vous imaginez la nouvelle qui se répandra à toute vitesse parmi vos connaissances. Ils se diront tous : « Mais elle avait l’air de si bien aller ! elle était si belle, si intelligente, si marrante !!! Pourquoi n’avons nous pas vu qu’elle allait si mal !! oh je m’en veux je m’en veux je m’en veux !!! ». Ils vivront tous dans le regret éternel de votre souvenir.

Mouais. Les deux sont pas mal. Mais vous avez le temps d’y réfléchir hein. Tiens, le temps d’aller acheter du lait par exemple. Vous vous sapez mal, ne vous maquillez pas, passer juste le coup de brosse superficiel qui amènera de l’électricité statique sur vos cheveux. Puisqu’il faut que vous sortiez, autant que votre aspect extérieur reflète votre désespoir intérieur. Vous vous traînez dehors. Personne ne vous regarde. Vous le saviez bien, que vous n’étiez pas belle, tiens ! PERSONNE NE VOUS REGARDE ! C’est sur cette fois vous allez vous ouvrir les veines.

Vous rentrez chez vous, en commençant la lettre d’adieu que vous allez laissez à ce monde pourri. Un truc qui jette quand même. Vous hésitez à mettre le nez de tout vos petits camarades égoïstes dans leur caca, en leur dédiant à chacun un petit paragraphe de reproches bien incisif, qui les plongera dans le remords pour le reste de leur vie, ou à donner des raisons plus classes, dans le genre je-ne-veux-plus-vivre-dans-un-monde-où-les-enfants-meurent-de-faim. Deux options extrêmes, mais vous avez pas trop le choix : en fait, vous êtes un peu embêtée vous ne savez pas trop pourquoi vous voulez mourir. Enfin si, vaguement, mais vous n’allez tout de même pas écrire « Je suis trop moche, trop nulle, trop grosse. Je n’en peux plus ». Ah non quand même ! D’abord, quand vous serez morte, ils se rendront compte de votre beauté, de votre intelligence. Alors si vous laissez un mot qui laisse penser le contraire, ils seront un peu paumés et cela gâchera la perfection de leurs regrets éternels.

Bref vous cogitez. Pendant des jours et des jours, peaufinant le lieu, la méthode, le texte. Ricanant intérieurement devant tous ces pauvres abrutis qui vous demandent où en est le dernier dossier, votre mère qui vous demande comment ça va, votre sœur et ses histoires de bébé. Parfaitement, vous ricanez ! Vous vous savez que vous allez bientôt mourir et eux ne le savent pas ! Ah, comme ils regretteront que votre dernière conversation n’ait pas été plus profonde, plus intellectuelle ou plus émotive que le dernier dossier, ou vos futurs neveux ou nièces.

Et, toujours cogitant, le temps passe.


Ce petit texte c’est du vécu. Le misérabilisme n’a pas toujours cette forme, c’est un exemple.
Analysons un peu la situation. Vous trouvez, vous, le lecteur anonyme, la personne qui a écrit ces lignes un peu ridicule, voire carrément insensée, non ??

D’abord, le désir de la maladie grave. Ben oui ça a plus de classe au final que le suicide. Mais bon c’est lent. Ben oui. Cependant si chaque personne un peu déprimée un matin avait une maladie grave, le monde n’existerait plus. Si, si. La probabilité pour que cela arrive est trèèèèès trèèès faible. C’est pas moi qui le dit, ce sont les statistiques.

Ensuite, ben si personne ne vous appelle un matin à sept heures, surtout un dimanche, c’est qu’ils pioncent effectivement. Ce ne sont pas des monstres pour autant, et vous devriez faire pareil. Eux en tout cas le pensent.

Maintenant le reflet dans le miroir. Il est vrai que certaines soirées de beuverie peuvent vous donnez une allure de phacochère au réveil. Si vous n’êtes pas sortie la veille, il est plus que probable que le reflet que vous voyez est déformé. Pas votre miroir, plutôt votre esprit. Ben oui, à part dans X Men ou dans les films de SF avec catastrophe nucléaire, il est peu probable de subir une transformation génétique femme è gnou en une nuit.

Maintenant le suicide. The big sujet. Plusieurs points à aborder sur ce thème :
D’abord, hormis quelques cas rarissimes, le désir de suicide est ponctuel. Et vi ! Les spécialistes, enfin certains, appellent cela la pulsion Thanatos, ou pulsion Thana de son petit nom. C’est à dire que le vrai désir de suicide en lui même ne dure que quelques secondes, voire quelques minutes pour les plus récalcitrants. Oui, je sais, cela ne vous semble pas vrai. Vous êtes tellement mal que le suicide vous obsède sans arrêt, Vous ! Et tous les suicidés enregistrés à l’heure actuelle aussi. Na. Ben non. Les suicidés ont cédé à la pulsion. Et vous, ben, faîtes une expérience et attendez. Vous verrez que ça passe. Je sais vous ne me croyez pas. Et puis vous ne voulez pas essayer vous êtes sur de vous. Comme vous voulez, mais on pourra toujours vous reprochez votre manque de curiosité scientifique.

Ensuite, le suicide en lui même. Réfléchissez un peu que la première méthode à laquelle vous avez pensé n’aura pas forcément les résultats que vous espérez. Ne serait ce que le fait que les quelques jours nécessaires pour qu’on remarque votre disparition aura eu son petit effet sur l’aspect esthétique – et odorant – de la scène sur laquelle vous misez tout. Il y a tout lieu de penser que votre copine Béa ne transmettra pas l’image d’un corps d’un blanc d’albâtre languissamment allongée à son entourage. On ne développera pas ce chapitre et vous renverra au texte sur la putréfaction des corps.

Deuxièmement, mettez vous bien en tête que votre chef ne viendra pas à votre enterrement. Il a autre chose à foutre. Du reste, quand on lui a annoncé la nouvelle, il a, après une petite seconde de stupeur, aussitôt déclenché une réunion avec vos collègues pour re-dispatcher vos projets.

Enfin le regret éternel de ceux que vous aurez laissé. Si vous comptiez les observer de la haut ou d’en bas ou d’ailleurs pour vous régaler de leur désespoir et de leur remords, vous en serez pour vos frais. Vous leur manquerez c’est sur. Mais aucun d’entre eux ne s’enfermera dans un couvent au Tibet pour porter un silice et se flageller tous les jours à votre souvenir. Non, non aucun. Il est même probable que la plupart, vivant leur vie avec ses joies et ses peines, vous aient oublié au bout de quelques mois. Oh bien sur, ils se rappelleront de vous et en parleront sans doute avec tendresse, ou incompréhension. Mais ne vous attendez pas à être le sujet de conversation de tous les jours, passé un certain temps. Ce n’est pas leur faute, la nature humaine est ainsi qu’elle se tourne plutôt vers l’avenir que vers le passé – et ceux qui y sont restés.

Bref, le bilan de tout cela ? une bonne crise ce misérabilisme de temps en temps, ça fait du bien. On se vautre dedans, bien au chaud, en s’y roulant dans les grandes largeurs. Et puis faut arrêter. Si si. D’abord parce que vous vous y emmerderez plus ou moins vite, selon votre imagination. Mais qu’il est probable que plus vous vous y enfoncerez et plus vous ferez le vide autour de vous. Ben oui. Votre air lugubre, votre voix morne, votre « non non tout va bien, je t’assure ! » cela intriguera un moment, et puis les gens en auront marre. Si vous voulez pas qu’on vous aide, on va pas vous forcer non plus.
Réfléchissez un peu de façon rationnelle. Cherchez pourquoi personne ne vous appelle en plein cœur de la nuit lorsque vous pleurez. Si si réfléchissez un peu la réponse va peut être vous parvenir.

Et cessez de pensez à mourir. Si vous voulez vraiment emmerder les autres vivez, et faîtes les chier. C’est toujours plus stimulant pour tout le monde.

TheToad,
Docteur Es misérabilisme
A étudié plus de dix ans et pratique encore de temps à autre
Consultation sur rendez vous.
Je parle moins maintenant. Je terrasse plus mes ennemis par l'éloquence. Plus je vieillis, plus je ferme ma gueule.

"J'tabassse les vieux, ça m'dérange pas" Tony Stark à Captain America.
=D>
rien à dire de plus :lol:
=D>
tu es mon maître à penser :lol: :lol: :lol:
"mieux vaut allumer une bougie que maudire l'obscurité" lao tseu (il me semble)
Ayé j'ai tout lu. Bon que dire, euh je viens de trouver le nom de ce qui m'arrive environ une fois par mois. Le coup d'imaginer tout le monde abattu a mon enterrement ça m'arrive fréquement. Après le suicide? pas trop ça m'est arrivé une fois d'y penser (merci J) un mois après une discussion avec ma famille où tout le monde avouais y avoir deja pensé sauf moi, (bah j'avais pas encore eu de peine de coeur). Mais le coup de l'accident tragique j'y pense souvent. Après quand je vais mal je n'en veux pas vraiment aux gens, je crois que si j'avais à ecrire une lettre d'adieu ça ne serais pas une lettre de reproches envers ceux que j'aime mais d'excuse d'etre aussi nulle et de pas avoir le courage de continuer.

Bon voila, en tout cas ton texte me rassure, je suis pas tarée d'autres on les memes passages a vide que moi. :P
la meline a son namour ^^
Rhooooo melineee !

Pour sa dernière lettre faut se faire plaisir ! Moi j'en déverserait des tonnes sur tous ceux qui me font gerber.

Mais bon moi je suis une misérabiliste positive : c'est pas moi que j'ai envie de tuer mais les autres :p

Bah oui quoi, c'est mon mauvais côté qui me maintiens debout : je veux vivre vieille pour emmerder les autres le plus longtemps possible !

PS : Cali si tu me refais encore une peur pareille, je te scalpeeeeeeee !
Mieux vaut rater un baiser que baiser un raté !

Poésie : http://spaces.msn.com/angiematt

Le reste : http://spaces.msn.com/peinturesursoi
Merci ladylunatique :oops: :oops: :oops: :oops:


Meline, Eveange, c'est dans portnawak, c'est pour rire, même si c'est un peu noiraud :lol: :lol: :lol: :lol:
Et Meline, je pense qu'effctiement tout le monde vit cela de temps en temps, même si c'est pour peu de temps ou pas aussi prononcé au point d'aller au suicide. Je voulais juste montrer que si on arrive à se sortir de sa petite crise et à y réfléchir un peu, c'est souvent plus qu'irrationnel et même un peu ridicule ;-) Et là je ne me moque pas des autres mais de moi. Je le répéte c'est du vécu ;-)

Eveange, je viens de me faire couper les cheveux et j'apprécie la longueur. Tu ne voudrais pas ruiner tous mes efforts, hein ??? :lol: :lol: :lol:
Je parle moins maintenant. Je terrasse plus mes ennemis par l'éloquence. Plus je vieillis, plus je ferme ma gueule.

"J'tabassse les vieux, ça m'dérange pas" Tony Stark à Captain America.
J'avoue que le message m'a fait rire. Je me suis retrouvée dans mes rares (très rares heureusement) crises de misérabilisme. Je suis comme Eveange : j'ai bien l'intention de vivre vieille et tant pis si j'en fais baver un peu (si peu) aux autres. Mais c'est vrai que de temps en temps, s'apitoyer sur son sort, cela arrive :P et parfois cela fait du bien :roll:
salut!

Chapeau pour tes quelques lignes ( :P ) , quoique au début je me suis dit: ah non pas toi, faut lui remonter le moral!

Mais au final, oui c'était trés bien dit, et c'est vrai qu'on a toute ou presque eu des idées à la c*n!

Bravo pour l'écriture! bisous
joli texte...bravo...
voir claire bretecher "les frustrés" les grands esprits doivent se rencontrer...quand à la suite tu sais aussi bien que moi...
dommage!
titesouris a écrit :joli texte...bravo...
voir claire bretecher "les frustrés" les grands esprits doivent se rencontrer...quand à la suite tu sais aussi bien que moi...
dommage!


Merci Lilith et Pheli. Titesouris je ne comprend pas ce que tu veux dire désolée.
Je parle moins maintenant. Je terrasse plus mes ennemis par l'éloquence. Plus je vieillis, plus je ferme ma gueule.

"J'tabassse les vieux, ça m'dérange pas" Tony Stark à Captain America.
je sais, j'ai trouvé aussi le texte plein d'humour, mais le misérabilisme je connais.

Et eveange, quand je suis en pleine crise je pense d'abord a ceux que j'aime, j'oublie les c***** qui me font du mal. Et puis tu me connais je vois rarement le mal chez les gens et il faut vraiment me faire beaucoup de mal pour que j'en veuille aux autres, j'ai une mémoire séléctive, je ne me souvien pas du mal que les gens me font. Bonne poire? oui, c'est moi ^^
la meline a son namour ^^
Très bien ton texte ... vraiment ...

Moi aussi j'ai déja pensé ... et si je mourais subitement hein ... je me demande bien ce que x ferait ou y ferait :lol:

Finalement ... j'ai opté pour la vie ... ça me permet de faire chier et de voir leur réaction de visus :lol:
"Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leurs conneries, pas leurs différences" Anna Gavalda.
Ce texte m'évoque pas mal l'humour cynique de Nicole de Buron...
Bravo Bassanius !!!

En effet j'ai été fan de ses premiers romans (les premiers hein ! ). Et effectivement en le relisant mon texte collerait assez avec Mais-t'as-tout-pour-être-heureuse !

Pour celles qui veulent le lire, il s'agit de l'histoire d'une romancière qui fait une dépression à cause d'une remarque d'un copain qui lui rappelle qu'elle a vieillit. C'est très drôle même si c'est loin d'être son meilleur.

A lire aussi (et surtout en fait) : Dix-jours-de-rêve, Qui c'est ce garçon ? et c'est quoi ce petit boulot ?

Dans le premier, un groupe de touriste se retrouvent isolés lorsqu'une gueere éclate dans l'attoll du pacifique dans lequel ils séjournent, le deuxième et le troisième, ce sont les démélés d'une mère larguée devant la nouvelle génération, mais qui essaie de suivre quand même et surtout de survivre.

Encore bravo pour le coup d'oeil, chapeau bas,m'sieur !
Je parle moins maintenant. Je terrasse plus mes ennemis par l'éloquence. Plus je vieillis, plus je ferme ma gueule.

"J'tabassse les vieux, ça m'dérange pas" Tony Stark à Captain America.
D'ailleurs l'image du crabe qui bouffe l'estomac cela vient de son roman ;-)

Est du plagiat ? :-k
Je parle moins maintenant. Je terrasse plus mes ennemis par l'éloquence. Plus je vieillis, plus je ferme ma gueule.

"J'tabassse les vieux, ça m'dérange pas" Tony Stark à Captain America.
thetoad a écrit :
Dans le premier, un groupe de touriste se retrouvent isolés lorsqu'une gueere éclate dans l'attoll du pacifique dans lequel ils séjournent,


Tient ça me rapelle un film avec Gérard Jugnot, je crois ça s'appelait Casque Bleu, ya un lien?
la meline a son namour ^^
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