La diététisation de l’alimentation fait grossir
Par Gérard APFELDORFER et Jean-Philippe ZERMATI pour Liberation.fr
LIBERATION.FR : Mardi 29 août 2006 - 17:37
Gérard Apfeldorfer, psychiatre, et Jean-Philippe ZERMATI, nutritionniste, sont responsables du G.R.O.S. Dernier ouvrage paru: «Dictature des régimes, attention!», éditions Odile Jacob, 2006.
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Peut-on réduire la « fracture pondérale » grâce à la diététique ? Rien n’est moins sûr.
Tout d’abord, la diabolisation de certaines catégories d’aliments aboutit inéluctablement, malgré toutes les bonnes intentions, à la stigmatisation de ceux qui, croit-on, sont obèses parce qu’ils en auront trop mangé. Les gros apparaissent comme des délinquants alimentaires, de mauvais citoyens dilapidant les deniers de la Sécurité sociale. Mais la honte qui leur est faite ne risque pas de les faire maigrir, bien au contraire.
Qui plus est, la chasse à l’obèse panique les personnes de poids normal, ou légèrement rondes, les pas-encore-gros, qui s’angoissent à l’idée de basculer dans l’Enfer de l’obésité. Pour échapper à cette forme d’exclusion, 70 % de la population française s’adonne périodiquement ou régulièrement à la pratique des régimes amaigrissants. Or, si 75% des personnes maigrissent dans un premier temps, 90 % regrossissent. Les conduites restrictives se traduisent par un poids en yoyo et en augmentation, par des troubles du comportement alimentaire, des complications psychologiques, une aggravation des complications médicales dues au surpoids.
Les conseils hygiéno-diététiques, la diabolisation de certaines catégories d’aliments, l’injonction de consommer les aliments diététiquement corrects, tout cela se révèle avoir des effets paradoxaux. Certains en viennent tout d’abord à surconsommer les aliments « diététiquement corrects », qu’on croit pouvoir manger sans réserve et en toute impunité. Puis, dans un second temps, ce sont les aliments dits « grossissants » que l’on finit par surconsommer, et ce sans aucun rapport avec ses besoins et avec sa faim.
Ensuite, la diététisation de l’alimentation brouille les repères culturels encadrant normalement la prise alimentaire, discrédite les signaux sensoriels de faim et de rassasiement, les appétits spécifiques qui orientent les choix alimentaires. Le résultat est qu’on fait grossir les obèses encore davantage, et que bien des minces, anxieux de grossir, culpabilisés de manger, risquent de devenir gros.
En définitive les méthodes employées afin de combattre de l’épidémie d’obésité ont toute chance de se révéler des facteurs aggravants.
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Un article d'Apfeldorfer et Zermati c'est toujours une source intéressante de réflexion
Alors qu'en pensez vous ?
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