Je pense comprendre aussi. Chez moi, je n'ai pas peur du mirroir, je me regarde tout le temps, sauf les jours où c'est pas trop ça, mais quand je me sens jolie, j'en suis fière même si je n'en suis pas non plus persuadée.
Je deteste pas toujours mon image, je ne me trouve pas tout à fait à mon goût mais pas choquante non plus. Mais c'est ainsi je crois que je n'ai pas vus venir les kilos ces dernières années. Je ne me sentais pas dans le fond plus laide qu'avant.
En fait, je n'ai pas peur du reflet dans le mirroir, mais du reflet dans le regard des autres. parfois, je me rends compte combien pour les autres et pour moi-même mon état est effrayant. Je supporte moins encore les compliments car on sait tous que c'est difficile d'accepter l'amour ou la bienveillance d'autrui quand on en a pas pour soi-même.
Les photos, les sorties, les voyages ect : c'est à ces occasions que je me sens tomber de très haut.
Je deteste ces moments là , ce sont les plus durs car ils s'apparentent à un reveil brutal. Dans ces moments là , où je me vois comme les autres me voient, j'ai l'impression de sortir de mon corps et de le juger de l'exterieur, et j'ai du mal à admettre que ce "truc" est à moi.
On peut dire ce qu'on voudra, il ne suffit pas de vouloir s'assumer pour y arriver. Il ne suffit pas de dire que les gens sont cons pour ne pas être touché.
Bref, la conséquence: je me méfie de plus en plus de "l'indulgence" que je peux avoir pour mon image, pour éviter de revivre ce genre de moments noirs. Desormais quand je suis tentée de me trouver bien, il y a cette voix qui me dit "mais tu rêve, ce n'est pas beau ce que tu vois là ".
Ce qui est de plus vicieux dans cela, c'est la tentation de l'isolement. Quand on a la malchance de se trouver brutalement dans un contexte qui renvoie une image désastreuse de vous, ça amoindrit jusqu'à la personnalité. On se sent gauche, mal, on se tait... Et là une envie pressante vous assaille: retourner à la maison, vite.
Quand on est loin de chez soi on vit l'enfer dans l'attente du retour. Finalement, il n'y a que là qu'on se sent en sécurité, et l'envie de calmer sa douleur très vite par de la nourriture est tentante. Même quand on ne vient pas au surpoids par l'alimentation, l'alimentation finit par entrer en jeu...
Ca aggrave les choses, et ça rend toujours plus difficile la volonté de vivre une vie sociale riche. On a pas toujours envie de se sentir "à part", ou de sentir que les autres, aussi minables puissent-ils être pensent être mis en valeur par votre présence.
Cette confiance en eux complètement gerbante qu'ils ont par le simple fait d'être en face de vous !!!

Je trouve ça insupportable. Ils sont tellement rassurés de ne pas être comme vous qu'on a l'impression que ça leur donne des ailes

! Etre la copine moche, non merci.
Je trouve que c'est ce qu'il y a de pire. Moi je n'ai pas changé, si ce n'est physiquement mais ça fait drôle de voir le monde se métamorphoser autour de soi.
Dernièrement, deux chose m'ont absolument choqué par exemple, deux affiches de la sécu:
Une que j'ai vue dans le journal 20 minutes un matin: une très belle photo d'une femme ronde, gracieuse, on aurait dit une odalisque. Avec ce message:
"L'obésité est une maladie".
Ca semblait dire à tous ceux qui seraient tenté de trouver belle cette image "ne vous y trompez pas, ceci est une abérration de la nature, ceci est anormal et à éradiquer, comme un vulgaire virus"
La deuxième affiche était placardée sur le mûr de la salle d'attente de mon médecin. Elle représentait une femme tout juste ronde, pas vraiment grosse, tout au plus 15 kilos de surpoids, assise seule à une fête animée où tout le monde autour parlait entre eux gaiement. Elle était isolée et le visage fermé. c'était écrit
"Ne restez plus seule face à vos kilos, parlez-en à votre médecin". Une telle intolérance m'a laissée anéantie. J'ai compris que la société ne changerait pas, et qu'en plus elle exigeait de nous que l'on change si on voulait profiter de ce que la vie offrait comme plaisirs.
Si ce n'était pas les autres, je me verrais toujours comme j'étais, et surtout je vivrais toujours comme je vivais, avant d'être grosse.
désolée mes posts sont toujours trop longs, mais que voulez-vous, ici je me lâche.