C'est étonnant, nous avons des similarités de parcours.
Mes plus grandes crises se déroulent le soir (je "tiens" la journée). Quand je rentre, dans cet appart (que je déteste

) et que je suis "seule". Je ne l'ai pas toujours été hein, mais quand je le suis, c'est vrai que j'ai des sensations désagréables, et pour les éviter, je mange.
Pourquoi la nourriture nous masque-t-elle les émotions je me le demande.
En tout cas, c'est une compulsion. On la remplace. Par le shopping (ça fait mal au porte monnaie, mais je me dis souvent que je préfère ça qu'engouffrer de la nourriture), ou le sport (il faut faire attention à ne pas se faire mal). Du coup je fais la part des deux. Je vais quasiment tous les jours à la piscine (j'ai la chance qu'elle soit à côté, sinon, je faisais du running le matin).
L'avantage du sport, c'est que ça rend heureux (on sécrète des bonnes hormones) et que ça diminue les crises de sucrés (les envies sucrées venant souvent d'un manque de sérotonine, ce qui nous rend grisou). Par ailleurs, on amortit les excès, puisque la masse musculaire demande plus. Le désavantage, c'est que ça rend tout aussi accro.
Souvent, lorsqu'on a une addiction alimentaire, on la déplace, pour se retrouver avec une autre addiction, parce que fondamentalement, on "fuit" les émotions.
Alors ça, un cuisinier, c'est du tout bon ! Prendre plaisir dans la nourriture est une clef pour aller mieux. J'ai du me forcer à faire des listes de courses et de plats pour avancer

. Non vraiment, tu as un bon cadre

. Et puis je pense que d'apprendre à ne pas culpabiliser va te faire du bien. Au diable les regrets ! Il faut se faire plaisir.
Quelque chose me fait tiquer, tu "fais passer les autres avant toi" ? Est-ce à dire que tu te tiens en retrait ? Parce que lorsque l'on occupe pas son "espace", dans la vie, c'est à dire un mélange entre être présente pour les autres, mais aussi, être présente pour soi, un peu d'égoïsme en somme, on comble cela autrement. Par la nourriture notamment.
Si tu as toutes ces peurs, il faudrait que tu travailles dessus aussi

. Que tu relativises. Tu dois avoir, dans le fond, une nature un peu sombre.
Enfin, je dis ça au jugé, je ne te connais pas

. J'ai perdu mon père à la fin de ma terminale, et j'étais peut être jeune pour comprendre le deuil. Je l'ai pas très bien géré, dans le sens où j'ai passé outre. Je me suis toujours demandé d'ailleurs si j'étais insensible ou un monstre, mais je crois que j'ai un côté qui mélange réalisme pragmatique (la vie, c'est la mort et vice versa) et un côté très dur envers moi même (je n'ai pas de faiblesse).
Après, pendant des années, j'ai été un peu un Saint Bernard. Je ne sais pas pourquoi, je ne savais pas mettre des limites pour aider les amis, la famille, les gens tout le monde. Sans penser à moi.
Et je mangeais, et mangeais. Et puis je culpabilisais, puis me disais "mais non, c'est en y pensant pas que ça se régule".
À un moment, j'ai craqué nerveusement, entre afficher une façade solide, être au service des autres, assurer mes études. Je m'en suis remise, mais j'ai gardé un côté, non pas pessimiste, mais juste, un peu dur, et un peu noir. J'ai un ami qui me dit "pseudo dépressive". Je ne le suis pas, et j'ai de formidables moments dans ma vie. Je suis quelqu'un qui rigole très facilement, souriante. J'ai même une naïveté optimiste sur certaines choses.
Pourtant, j'ai cette nature sombre, angoissée. Et elle appelle la nourriture. Pour se réconforter, se consoler.
Mais en revanche, je n'ai pas de peur. Je les ai toutes plus ou moins affrontées (j'avais peur du vide, j'ai fait de l'escalade, peur de parler en public, j'ai affronté mes études et mes jurys, bon, ça parait rien, mais ça prends les tripes

).
Sur le côté hypocondriaque, j'ai envie de te dire, si on cherche, on a toujours une maladie

. Je ne saurai pas quoi te conseiller, je suis le contraire. Jamais préoccupée par les bobos, la santé ou autre. Détends toi

.
Enfin bref, c'est un peu brouillon d'exposer tout ça. Je pense que te faire soutenir et aider c'est un très bon point, notamment sur les activités. Si en plus ce n'est pas dans tes habitudes, ça signifie que ça part de toi d'initier ce mouvement.
Honnêtement, je ne sais pas où tu habites, mais par exemple, j'ai remarqué que je pouvais calmer mes crises de fin de journée en allant marcher. Tant pi si j'ai des choses à faire, ou si je stresse de ne pas dormir assez, je prends mes clefs, et je sors faire le tour du pâté de maison. Lorsque je rentre, je suis "apaisée", et par contre coup, je ne mange pas.
Alors qu'un film, ou un livre, tout de suite, j'ai la tentation de grignoter.