Bonsoir,
Désolé d'ouvrir un nouveau topic à propos de l'article déjà traité sur VLR mais le sujet étant clos, il m'est impossible d'y répondre.
J’ai eu l’opportunité de lire le livre de Campos. Je l’ai trouvé intéressant, à mains égards, mais néanmoins très partial voire faux à la lueur des derniers développements aux Etats-Unis. Les commentaires que vous en faite me confortent d'ailleurs dans cette impression.
Je suis d’accord avec les commentaires lus ici sur le point préliminaire que Campos expose : Les études sur l’obésité faites aux Etats-Unis sont sujettes à caution. Certaines ont effectivement sortis des chiffres gonflés et discutables. Mais ce que ne dit pas Campos, c’est qu’aux Etats-Unis, il y a des tonnes d’études qui sont faites sur tout un tas de sujet, le tout sous des angles multiples. Autrement dit, il est assez facile de trouver des études mal foutues, voire contradictoires. Cela ne remet pas forcement en cause le fond du problème. Ce que ne pouvait pas deviner Campos en revanche, c'est que les dernières études faites en 2005, menées dans les règles de l'art, elles, vont dans la même direction.
Je suis d’accord aussi sur le fait qu’il y a des forces économiques (les labos entre autres) qui peuvent influer sur les résultats de ces études. Je dis "peuvent" car ce n’est pas une généralité. D’une part, les contre pouvoirs en présence sont également puissants, d’autre part, pour prendre un exemple similaire, ces mêmes forces existaient dans le débat sur le tabac, ce qui n’a pas empêché un consensus médical sur le sujet. Se servir de se prétexte pour écarter toute étude qui ne va pas dans son sens me semble pour le moins léger.
Je suis enfin d’accord sur le fait que les régimes ne fonctionnent pas bien à long terme puisque la plupart des gens gros en ayant suivis reprennent du poids dans les cinq années qui suivent.
Le débat sur l’appellation "maladie" est en réalité un débat de linguiste. Je constate simplement que c’est un état qui favorise pour le moins un certain nombres de pathologies et qui à tendance à s’aggraver, ce que les différents témoignages sur ce site confirment. De la même manière, contester le caractère épidémique de l’obésité me semble dépassé. Oui l’obésité progresse et notamment chez les enfants, c'est désormais indiscutable.
L’argument de l’IMC n’est qu’un détail. C’est vrai que l’IMC ne suffit pas pour adapter des thérapies car chaque cas peut être différent mais l’IMC reste un indicateur efficace de l’obésité, ce que Arnaud Basdevant, le chef du service de nutrition de l’Hôtel Dieu a maintes fois confirmé.
L’argument central sur l’incapacité de corréler obésité et mortalité est à mon sens fallacieux. Certes, les chiffres ne sont pas clairs et les résultats parfois contradictoires, comme je l’indiquais en préambule. Mais cela n’empêche pas que l’obésité a des conséquences sur la santé et pas simplement sur un plan mécanique (articulations, etc.)
S’il n’a pas complètement tord sur son chapitre sur le diabète, les maladies coronariennes en revanche sont plus fréquentes chez les gens en surpoids. Il semblerait que ce soit le cas de certains cancers aussi, selon des études médicales d'organismes "fiables" (j'ai la flemme de rechercher ce soir mes sources mais je les tiens à disposition de qui le souhaite) . De ce simple fait, il n’est pas faux d’en conclure, sur un plan général, qu’être obèse diminue l’espérance de vie, tout comme être fumeur, conduire vite ou baiser sans capote...
Là où à mon sens Campos mélange les choses, c’est sur la justification larvée de l’obésité. Puisque être gros n’est pas une maladie, n’influe pas directement sur la santé, que les régimes ne fonctionnent pas, pourquoi maigrir ? Parce que, nous explique t’il, on est victime d’une norme discutable (la minceur) et je simplifie, l’industrie pharmaceutique nous mène en bateau pour nous fourguer leurs produits. Autrement dit, l’affaire est entendue : puisque les produits ne fonctionnent pas mieux que les régimes, c’est qu’ils sont inefficaces mais pour continuer à nous les fourguer, il faut bien inventer une fausse maladie… On est donc bien en face d’une théorie du complot version obésité.
Or, l’industrie pharmaceutique ne fait que s’adapter à deux réalités : l’une est que le nombre de personnes en surpoids est en augmentation constante depuis 50 ans et on commence à désigner le coupable : l’environnement alimentaire d’une société ou l’on consomme plus qu’à sa faim, n’importe quand, tout en étant de plus en plus sédentaires. L’autre est la norme actuelle de l’obsession de la minceur, qui ne date pas d’hier (déjà les grecs…) et aux Etats-Unis en tout cas, le culte du corps a pris depuis le XIXe siècle un tournant quasi philosophique.
Alors il a beau jeu Campos ensuite de revenir sur certaines statistiques de mortalité en les attribuant à des causes socio-économiques (ségrégation, pauvreté, etc…). Certes mais si le fait d’être pauvre implique une mauvaise alimentation débouchant sur l’obésité, cela n’en signifie pas moins que c’est l’obésité qui directement pèse sur la santé, peu importe ses causes.
Je reviens sur la norme que pointe du doigt Paul Campos, car c’est là le vrai débat : Il y a plusieurs chapitres la dessus. Ca ne m’aurait pas dérangé que son livre commence ici car on peut tout à fait défendre la liberté individuelle d’être gros, d’avoir envie de façonner son corps différemment des autres, que l’obésité soit une réaction au diktats de la minceur, etc… Mais dans ce cas, inutile d’en nier les effets pervers.
Son argumentation sur les effets de la société de consommation portent justes mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir écrit un essai social et politique sur le traitement en amont de l’obésité, sans en nier les évidences ?
T.
Désolé d'ouvrir un nouveau topic à propos de l'article déjà traité sur VLR mais le sujet étant clos, il m'est impossible d'y répondre.
J’ai eu l’opportunité de lire le livre de Campos. Je l’ai trouvé intéressant, à mains égards, mais néanmoins très partial voire faux à la lueur des derniers développements aux Etats-Unis. Les commentaires que vous en faite me confortent d'ailleurs dans cette impression.
Je suis d’accord avec les commentaires lus ici sur le point préliminaire que Campos expose : Les études sur l’obésité faites aux Etats-Unis sont sujettes à caution. Certaines ont effectivement sortis des chiffres gonflés et discutables. Mais ce que ne dit pas Campos, c’est qu’aux Etats-Unis, il y a des tonnes d’études qui sont faites sur tout un tas de sujet, le tout sous des angles multiples. Autrement dit, il est assez facile de trouver des études mal foutues, voire contradictoires. Cela ne remet pas forcement en cause le fond du problème. Ce que ne pouvait pas deviner Campos en revanche, c'est que les dernières études faites en 2005, menées dans les règles de l'art, elles, vont dans la même direction.
Je suis d’accord aussi sur le fait qu’il y a des forces économiques (les labos entre autres) qui peuvent influer sur les résultats de ces études. Je dis "peuvent" car ce n’est pas une généralité. D’une part, les contre pouvoirs en présence sont également puissants, d’autre part, pour prendre un exemple similaire, ces mêmes forces existaient dans le débat sur le tabac, ce qui n’a pas empêché un consensus médical sur le sujet. Se servir de se prétexte pour écarter toute étude qui ne va pas dans son sens me semble pour le moins léger.
Je suis enfin d’accord sur le fait que les régimes ne fonctionnent pas bien à long terme puisque la plupart des gens gros en ayant suivis reprennent du poids dans les cinq années qui suivent.
Le débat sur l’appellation "maladie" est en réalité un débat de linguiste. Je constate simplement que c’est un état qui favorise pour le moins un certain nombres de pathologies et qui à tendance à s’aggraver, ce que les différents témoignages sur ce site confirment. De la même manière, contester le caractère épidémique de l’obésité me semble dépassé. Oui l’obésité progresse et notamment chez les enfants, c'est désormais indiscutable.
L’argument de l’IMC n’est qu’un détail. C’est vrai que l’IMC ne suffit pas pour adapter des thérapies car chaque cas peut être différent mais l’IMC reste un indicateur efficace de l’obésité, ce que Arnaud Basdevant, le chef du service de nutrition de l’Hôtel Dieu a maintes fois confirmé.
L’argument central sur l’incapacité de corréler obésité et mortalité est à mon sens fallacieux. Certes, les chiffres ne sont pas clairs et les résultats parfois contradictoires, comme je l’indiquais en préambule. Mais cela n’empêche pas que l’obésité a des conséquences sur la santé et pas simplement sur un plan mécanique (articulations, etc.)
S’il n’a pas complètement tord sur son chapitre sur le diabète, les maladies coronariennes en revanche sont plus fréquentes chez les gens en surpoids. Il semblerait que ce soit le cas de certains cancers aussi, selon des études médicales d'organismes "fiables" (j'ai la flemme de rechercher ce soir mes sources mais je les tiens à disposition de qui le souhaite) . De ce simple fait, il n’est pas faux d’en conclure, sur un plan général, qu’être obèse diminue l’espérance de vie, tout comme être fumeur, conduire vite ou baiser sans capote...
Là où à mon sens Campos mélange les choses, c’est sur la justification larvée de l’obésité. Puisque être gros n’est pas une maladie, n’influe pas directement sur la santé, que les régimes ne fonctionnent pas, pourquoi maigrir ? Parce que, nous explique t’il, on est victime d’une norme discutable (la minceur) et je simplifie, l’industrie pharmaceutique nous mène en bateau pour nous fourguer leurs produits. Autrement dit, l’affaire est entendue : puisque les produits ne fonctionnent pas mieux que les régimes, c’est qu’ils sont inefficaces mais pour continuer à nous les fourguer, il faut bien inventer une fausse maladie… On est donc bien en face d’une théorie du complot version obésité.
Or, l’industrie pharmaceutique ne fait que s’adapter à deux réalités : l’une est que le nombre de personnes en surpoids est en augmentation constante depuis 50 ans et on commence à désigner le coupable : l’environnement alimentaire d’une société ou l’on consomme plus qu’à sa faim, n’importe quand, tout en étant de plus en plus sédentaires. L’autre est la norme actuelle de l’obsession de la minceur, qui ne date pas d’hier (déjà les grecs…) et aux Etats-Unis en tout cas, le culte du corps a pris depuis le XIXe siècle un tournant quasi philosophique.
Alors il a beau jeu Campos ensuite de revenir sur certaines statistiques de mortalité en les attribuant à des causes socio-économiques (ségrégation, pauvreté, etc…). Certes mais si le fait d’être pauvre implique une mauvaise alimentation débouchant sur l’obésité, cela n’en signifie pas moins que c’est l’obésité qui directement pèse sur la santé, peu importe ses causes.
Je reviens sur la norme que pointe du doigt Paul Campos, car c’est là le vrai débat : Il y a plusieurs chapitres la dessus. Ca ne m’aurait pas dérangé que son livre commence ici car on peut tout à fait défendre la liberté individuelle d’être gros, d’avoir envie de façonner son corps différemment des autres, que l’obésité soit une réaction au diktats de la minceur, etc… Mais dans ce cas, inutile d’en nier les effets pervers.
Son argumentation sur les effets de la société de consommation portent justes mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir écrit un essai social et politique sur le traitement en amont de l’obésité, sans en nier les évidences ?
T.
