J'ai un sentiment de déjà vu là ...
Personnellement je ne te lyncherai pas parce que tu compares nourriture et alcool. En fait, comme le tabac, le jeu ou la drogue, ce sont des conduites d'addiction et le traitement à la base est le même : le "malade" (parce qu'un alcoolique est une personne malade) doit déjà prendre conscience de son problème et vouloir le résoudre. Mais pas parce qu'on lui dit ou qu'on lui impose, ça ne marche pas. Parce que lui l'a décidé, parce qu'une circonstance exceptionnelle a fait qu'il a pris conscience que le problème ne pouvait plus durer.
En général, l'alcoolisme est progressif et s'aggrave avec le temps. Au début on vit ça comme un simple "inconvénient" et puis tout se dégrade progressivement, avec tout ce qui va avec : l'argent qui file, les rencontres, les oublis, les retards, un désintérêt pour le quotidien et l'entourage sauf quand il peut aider à obtenir de l'alcool, les mensonges, les bouteilles cachées, le chantage, la violence verbale, la violence physique ... (pas forcément tout ça à la fois).
Au bout d'un moment, sous la pression de l'entourage, l'alcoolique dit qu'il veut s'en sortir. Mais souvent au début, c'est une réaction de manipulation vis à vis de son entourage, c'est juste pour qu'on lui fiche la paix et il trouve toujours une excuse pour ne pas aller voir le médecin, pas prendre les médicaments... Ca peut durer très longtemps.
Pour ma part, zom a commencé à boire un peu en 1992. Ca s'est aggravé en 1995 et ça n'a fait qu'empirer jusqu'en 2002. Entre temps il avait des dettes, plus de permis, il a failli perdre son boulot... Fin 2002 il a fait deux cures de désintox. Un échec cuisant. Il était pire qu'avant !
Et en décembre 2002 il a eu ce foutu déclic (c'est sûr, se retrouver une nuit de décembre sur un parking, trempé de neige fondue et de pisse, avec un trauma crânien, une fracture de la cheville, du sang partout, à 10 m de la porte de son immeuble et ne plus savoir comment se servir de son portable, ça fait réfléchir...). Et j'avais aussi commencé à le laisser "seul" avec son problème, à ne plus tout porter comme je l'ai fait si longtemps.
Combien de fois me l'a-t-il fait le couplet "oui je vais me soigner" ? Je sais plus. J'ai du arrêter de compter... à la 20e fois peut-être... Mais j'y croyais à chaque fois.
Depuis 3 ans mon zom ne boit plus une goutte. Donc c'est possible de s'en sortir. Et si tu as envie de l'accompagner dans cette épreuve (car c'en est une), si tu te sens la force de le faire, fais le. Mais fais vraiment attention à toi. Un alcoolique c'est destructeur et manipulateur. Franchement si c'était à refaire, et malgré notre "victoire", je partirais en courant ! Moi aussi je porte des séquelles, notre couple aussi.
Contrairement à Misskazu, je te dirai qu'il doit aller chez le docteur et pas que le docteur vienne. Sa démarche doit être volontaire. Il doit comprendre qu'il y a des actions à faire lui-même, que c'est son problème, qu'on n'ira pas le chercher pour faire le boulot à sa place.
L'accompagner c'est bien. Mais pas trop. Et en te protégeant toi. Montre lui que tu n'es pas dupe quand il te dit qu'il ne boit pas ou peu. Exige qu'il jette ses bouteilles lui-même. Ne le materne pas, dis lui bien que c'est SON problème et qu'il s'en sortira tout seul, que tu seras à côté mais pas plus. Que tu ne porteras pas son alcoolisme, ni lui. Ne lui donne pas d'argent. Refuse de payer ses dettes s'il en fait. Pas la peine de lui faire la morale, il le sait que boire c'est dangereux pour lui et les autres. Inutile de lui dire "tu as tout pour être heureux". Si c'était vrai, il ne boirait pas.
En fait, c'est horrible à dire, mais plus tu le "porteras" et tu le prendras en charge, plus ça risque de s'aggraver. Comme m'a dit le docteur, il faut le laisser "tomber", aller vers le bas. Quand il y sera, il aura le choix : y rester ou remonter. Mais ce sera SON choix. (ça c'est ce qu'il y a de plus dur à faire pour l'entourage).
Alors encourage le, mais ne fais pas les choses pour lui. Il veut aller voir le médecin ? Il prend rendez vous TOUT SEUL et il y va. Ensuite ce sera à lui de gérer son traitement. Pas la peine de le surveiller, s'il veut boire, il boira et tu perdras ton énergie à surveiller. Mais toujours montrer qu'on n'est pas dupe.
Un alcoolique a besoin de soutien c'est sûr. Mais il a surtout besoin de recommencer à décider par lui-même, ce que l'alcool l'empêche de faire, et souvent aussi l'entourage, avec les meilleures intentions du monde. Et pourtant on se trompe.
C'est ça que tu dois lui faire comprendre en premier : c'est LUI qui a toutes les clés pour que ça marche, pas toi, pas les autres. Personne ne pourra s'en sortir à sa place. Ce n'est pas la peine qu'il essaie de faire porter le problème aux autres. PERSONNE n'a la force de l'empêcher de boire, il est le SEUL à l'avoir. Il faut qu'il la retrouve !
Je m'excuse si j'ai fait un peu long...
Si tu as besoin de moi, tu sais où me trouver et bisous !
Toute chose prend sa source dans le voeu des hommes