Ouh là qu'est-ce que j'ai pu le détester ce mot là ...
Il est bourré d'anecdotes affreuses, des scènes qui m'ont pétée pour des mois, des années, avec cette impression, non, cette certitude d'avoir une étiquette collée sur le front, une enseigne en lettres rouges et bien grasses, gravée dans la chair, et bien en relief : "et toi la grosse, oui, toi, là , pauvre fille"
Comme une condamnation à la souffrance, à perpet, pas de remise de peine derrière les regards moqueurs et assassins
Comme une accusation où il ne fallait surtout pas manger de sucreries, sandwichs en public, sous les sourires il y avait toujours "ah ben, après faut pas se plaindre/s'étonner/en chialer"
Comme une tache, cette certitude d'être toujours sale, tant on assimile le poids au manque d'élégance, manque de mesure, manque de tenue, manque d'hygiène et c'est allé jusque là dans les insultes ramassées à gauche à droite.
Des années à être enfermée dans un seul mot, qui voulait tout dire, pas la peine d'ouvrir la bouche pour montrer que je n'étais pas que la grosse de la cour de récré, de l'immeuble, de la rue...
Des années à en chialer, à arrêter de chialer mais n'en souffrir pas moins, des anecdotes qui ne s'oublient pas.
Aujourd'hui je l'utilise...
Oui.
Pas toujours facilement, ça dépend du contexte.
Non, je ne suis pas seulement ronde. Je me fiche du politiquement correct.
A celui qui me regarde en souriant, narquois, parce que je mange une glace dehors, je rends mon plus beau sourire, jusqu'à ce qu'il tourne la tête.
Avec celui qui me lance une injure, je ris de concert, et ce pauvre con ne comprend même pas pourquoi, et s'il insiste, je lui cloue le bec.
Un jour, en plusieurs jours qui se sont suivis...un jour est arrivé mon non à moi. Mon non à la connerie des autres. Ils ne me supportent pas, ils ne sont pas tenus de me fréquenter. Pas tenus de me voir.
Ceux qui me regardent aujourd'hui, ceux là seuls qui comptent, sont ceux que j'ai choisis, que les autres aillent tous au diable.
Et s'ils veulent pas y aller...je sortirais ma fourche et mes sabots, gniark gniark!!
