J'ai une facilité déconcertante à occulter tout ce qui va mal dans ma tête. Et je me rappelle avoir occulté deux choses quand j'étais encore gamine.
Un jour, mon cousin, chez mes grand-parents, a décidé de s'amuser avec moi. A l'époque, j'avais 7 ans, lui près de 12. Autant dire que je n'ai pas compris ce qui se passait.
Il m'a allongée sur un lit puis s'est posé sur moi. Il a commencé à mimer un accouplement façon missionnaire.
On était habillés. Et je me rappelle m'être moquée dans ma tête parce que mes genoux étaient fermés. Juste avant qu'il m'écarte les jambes pour être plus à l'aise.
Mes pensées étaient simples : il ressemble à un petit chie,, j'aime pas ça et il a l'air bête.
Malgré moi, ce frottement m'a quand même excitée. Ce qui a rendu les choses difficiles dans ma tête.
J'ai occulté ça pendant environ quatre ans. Puis un jour, on nous a parlé de viol ,d'abus, en nous expliquant qu'il fallait en parler. Que les hommes n'ont pas le droit de nous toucher sans notre autorisation. Et ça m'est revenu.
Ma réaction, c'était "bof, c’est pas grave. Moi, au moins, c'était pas un viol". Avec le recul, je voulais minimiser. Dire que ça n'était pas grave, ça voulait dire que je n'étais pas obligée de faire face.
Ce n'est que deux ou trois ans plus tard que j'ai eu une autre bulle de souvenir. Ce cousin, moi très jeune, sur son lit chez ses parents. Et lui en train de me faire jouer avec "Dédé".
Je me rappelle qu'il était bien membré. Et je me rappelle aussi qu'à l'époque, ça ne m'avait pas paru bizarre.
J'ai essayé d'en parler à ma mère. Elle m'a simplement dit de ne pas en parler, parce que ça aurait bousillé la famille.
J'en ai parlé à une prof, qui m'a dit que sans pénétration, ce n'était pas un viol. Autrement dit, c'est pas important.
J'ai eu du mal à comprendre comment en parler, à qui en parler. J'ai eu du mal à comprendre pourquoi je m'humiliais toujours face aux garçons, pourquoi je ne savais jamais leur dire non.
J'ai utilisé mon corps comme un moyen de plaire. Coucher avec un maximum d'hommes, pour croire qu'ils m'aimaient, qu'ils me désiraient. Et presque à chaque fois, quand ils étaient là , sur moi, je ne voyais qu'un chien en train de me souiller.
J'ai fini par comprendre la différence entre les hommes que je voyais comme des chiens, que je méprisais et que je haïssais, et les hommes où je ne voyais que l'homme, et le plaisir. Dans le premier cas, je cherchais en fait dans le premier cas des hommes qui abusent de moi, pas physiquement puisque je disais oui, mais mentalement, je couchais pour me punir. Dans le second je faisais l'amour.
Aujourd'hui, il me reste seulement des crises de panique quand mon mari fait quelque chose d'inhabituel. Mais on y travaille, pour que je m'épanouisse dans ma sexualité.
Je panique aussi quand je rencontre des hommes comme mon cousin, qui me donnent l'impression d'être un morceau de viande. Je panique quand ils sont trop près de moi physiquement, j'ai même envie de vomir. Je panique quand quelqu'un passe les barrières que je me suis imposée.
Mais je vais mieux, chaque jour.
Je reste consciente que ce n'est finalement pas grand chose. J'ai été traumatisée, mais j'ai réussi à surmonter, et c'est ma victoire. D'autres femmes n'ont pas ma chance et ont été sévèrement abusées physiquement. Quand j'en rencontre, je leur tend la main. J'essaie de les aider comme je peux. Je leur explique que faire l'amour, c'est beau quand c'est avec la bonne personne. Que ce n'est pas leur faute. Qu'elles ne l'ont pas mérité.
Rien de tel qu'un sourire pour bien commencer la journée.
Le blog des essais bb1 :
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Feux verts pour la fiv. C'est parti pour l'aventure...
2 embryons implantés au 02/11/13... Négatif au 16/11.