Bonjour,
J’ai lu en partie vos témoignages, je dit en partie parce que ça me remue, énormément. Je constate avec effroi que nous sommes nombreuses à être concernée par ce problème. Je dis « nous »… vous aurez compris pourquoi.
Je vais essayé de vous raconter, du mieux que je le peux, mon histoire ou en tout cas, une partie de cette histoire. Désolée pour le pavé, ou si cela s’avère confus, mais l’émotion est parfois dure à contrôler.
Ce que je peux vous dire, c’est que j’avais huit ans quand ça c’est passé. Quelqu’un de proche, en qui j’avais confiance et mes parents aussi je suppose. C’est arrivé une fois et j’ai pu m’enfuir la fois suivante. Je n’ai rien dit sur le moment, mais, « bizarrement », j’ai commencé à grossir et à être malade – maladies auto-immunes pour la plupart – jusqu’à ma majorité.
Là , une rumeur d’agression commise par le même homme m’a fait sortir de ma « torpeur ». j’avais retrouvé la mémoire et j’ai voulu en parler à mes parents. Je l’ai fait, mais j’aurais mieux fait de me couper la langue. Mon père qui hurlait à qui voulait l’entendre que jamais on ne toucherait à un de ses enfants… il n’a strictement rien fait, même pas me dire qu’il avait de la peine pour moi. Mieux, l’homme qui m’a agressé a continué à être le bienvenu chez « moi » enfin, chez mes parents. Ça aide à se sentir aimée et valorisée ça.
Quand à ma mère, silence radio aussi, ou presque. Je me souviens d’une mémorable dispute ou cette histoire est venue sur le tapis : « aussi, tu étais toujours fourrée avec lui ! t’avais qu’à rester à la maison ! » sous entendu, ma fille, tu l’as bien cherché ! A 8 ans ? merci maman pour ton soutien indéfectible. C’était plus pour me faire mal (réussi) que du fait qu’elle le pensait vraiment, mais bon…ça m’a cassée en plein cette fois…
Après toute ces années, je place l’agression et la révélation de cette agression à la même place sur l’échelle de la douleur. Après l’une, j’ai arrêté de vivre, et après l’autre, j’ai tout fait pour me supprimer physiquement, pour finir le travail. Je ne pouvais avoir confiance en personne et comme on me considérait comme de la « merde », je ne pouvais qu’être ça et je me devais de me comporter comme ça ! Je vous passe les détails de ma – fin – de descente aux enfers.
Heureusement pour moi j’ai croisé la route de gens formidables (médecins, psys, infirmières, groupes de soutiens, amis, pasteur…) qui m’ont aidé à me reconstruire et enfin à 32 ans, j’arrive à me tenir debout ou à peu près. J’ai eu une longue explication avec ma mère, puisque mon père est décédé, ou je pense avoir compris leur geste qui s’est avéré plus destructeur que protecteur. Le manque de communication, les non-dits, les secrets familiaux, c’est un vrai poison. Rajouter à cela un désarroi total, des maladresses accumulées et la peur du quand dira-t-on… Ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ?
Avec mes parents, la facture est quasiment acquittée…
Seulement, je suis rongée par le fait que cet homme soit libre alors qu’il m’a mise en cage pendant presque 20 ans. Chaque fois que je le croise, j’ai des bouffées de haine. Il me répugne et en même temps j’en ai encore peur, au point de baisser la tête devant lui...
Je sais que c’est trop tard pour un procès, il y a prescription. Par contre, j’ai la possibilité de faire un courrier au procureur de la république qui ne servira – malheureusement – que s’il y a une victime qui se manifeste.
J’ai envie de faire ce courrier, mais j’ai peur, j’ai terriblement peur des conséquences. Déjà quand j’en ai parlé avec mes parents, je pensais que j’aurais un écho, un retour, au moins un peu de soutien. Le pire, c’est que ma famille m’a cru, mais n’a porté aucune considération à ce qui s’est passé. Alors la justice… ça me laisse d’énormes doutes.
J’ai peur de ne pas être crue, d’être mise sur la sellette, d’être jugée, de devoir me justifier. J’ai peur des conséquences… presque autant que si j’avais à envisager un procès… En même temps, je suis quasiment certaine qu’il y a eu deux victimes femmes avant moi. Si elles avaient pu parler, peut être qu’il ne me serait rien arrivé… Et si il y avait d’autres victimes après moi, est ce que je pourrais supporter le fait que mon silence ait « permis » leur agression ? est ce qu’il ne risque pas d’y avoir d’autres victimes ?
Ça tourne au cas de conscience…
Je me tourne vers vous pour chercher conseils et/ou expérience similaire. Y a-t-il d’autres personnes - comme moi - qui ont fait ce fameux courrier, elles ?
Si oui, qu’est ce que ça a changé ?
Est ce que ça a changé quelque chose ?
La foudre et l'amour laissent les vêtements intacts et le coeur en cendres.
[Proverbe espagnol]