Sibell >>> Je trouve tes interventions intéressantes, car elles mettent en exergue un point qui m'interpelle.
Je pense, probablement comme Remus, que toute société est régie par des systèmes complexes de domination. Dire que les dominés sont tout aussi responsables que les dominants de cet état de fait, c'est vrai. Mais c'est également nier que les dominants organisent cette adhésion.
Croire en la responsabilité individuelle, c'est bien. Mais à mon sens, il faut aussi prendre en compte ses limites. Ce n'est pas pour rien que les systèmes ultra-capitalistes sont ceux qui promeuvent le plus, parallèlement, l'idée de liberté individuelle et de "méritocratie" (cf. les Etats-Unis). Cela revient à dire : que tu sois né en banlieue, fils d'immigré ou d'ouvrier, ou pauvre, tu peux changer ta vie. Ben dans les faits, oui et non. Combien d'enfants d'immigrés, d'ouvriers, de gens issus de milieux très modestes, dans les hémicycles, les universités, les grandes entreprises ? Peu. Les quelques-uns qui y parviennent sont montrés en exemple, histoire de dire :"ah, vous voyez bien que c'est possible !" Oui, mais leur statut d'exception révèle en même à quel point ne pas y parvenir est la norme. Est-ce à dire que l'immense majorité des enfants d'immigrés, d'ouvriers, etc. ne se bougent pas, et manquent de volonté ? Non. Ca signifie que depuis le plus jeune âge, puis dans leurs parcours, on met en place des obstacles plus ou moins sournois qui feront échouer la plupart d'entre eux.
La promotion de la liberté individuelle est souvent une façon de détourner l'attention des limites collectives, et de dissimuler les inégalités. Inégalités qui, en général, profitent toujours aux mêmes.
Comment font les dominants pour que les dominés ne bougent pas trop ? Ne se rebellent pas contre eux ? Ben la bonne vieille méthode : diviser pour mieux régner. Laisser les dominés faire la police entre eux et légitimer le système. Leur laisser penser que ce discours vient d'eux, et non de la classe dominante (c'est d'ailleurs l'un des travers de la démocratie, mais ce n'est pas le sujet ici).
Par exemple, encourager le peuple à accuser les "assistés" des difficultés économiques, c'est détourner l'attention des gigantesques sommes détournées chaque jour au profit du capital, et pas seulement via l'évasion fiscale. A un autre niveau, c'est faire dire par des femmes à d'autres femmes que le patriarcat est de leur faute. Quand les dominés viennent à soutenir le discours du dominant, à culpabiliser les autres dominés pour ne pas remettre en cause le dominant, c'est plus que gagné pour ce dernier.
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