Ce qui est pénalement répréhensible, c'est la non assistance à personne en danger et l'incitation au suicide. La tentative de suicide elle-même n'est passible d'aucune poursuite pénale, la loi considère que chacun est maître de sa vie.
J'ai aussi été choquée par le mot "droit" associé au mot "suicide". Pour moi avoir un droit et l'exercer, c'est être conscient de ce que l'on fait.
Une personne qui veut se suicider n'a plus conscience de ce qu'elle fait réellement. Elle souffre, elle veut mettre un terme à cette souffrance, elle ne voit plus que cette solution.
Avant d'en arriver là , elle a tiré un trait sur tout ce à quoi elle tient : sa famille, ses amis, ses animaux, tout ce qui fait sa vie, tout ce qu'elle aime. Plus rien ne peut la toucher. Plus rien n'est capable de la retenir. Elle ne pense pas à la peine qu'elle va faire aux autres, elle n'en est souvent plus capable, et souvent l'idée qu'au contraire les autres seront bien mieux sans elle la conforte dans son idée. Le suicide est une forme très aboutie de dépression.
On ne peut plus parler d'égoïsme, ni de lâcheté. Ces personnes ont fait un trait sur leurs sentiments, sur tout ce qui les rattache à leur vie. Elles ne sont plus capables d'égoïsme ou de lâcheté. Elles suivent une espèce de raisonnement qui leur parait logique. Le suicide est en fait une sorte de logique implacable qui fait qu'au bout d'un moment, la personne est sûre que cette solution est la seule, elle n'en voit pas d'autre, elle ne veut plus se battre, elle ne veut que la paix et espère la trouver dans la mort.
Parmi les personnes qui se suicident, je parle de celles qui ne se ratent pas, qui arrivent du 1er coup à mourir, on se rend compte après que la plupart ont mûri leur acte pendant un certain temps, même si on a le sentiment que ça a été un acte soudain et non réfléchi.
Je me souviens du frère d'une collègue qui, au chômage et fraîchement divorcé a décidé d'aller voir ses 4 soeurs éparpillées sur la France. A toutes il a donné l'impression d'aller mieux, de vouloir s'en sortir. Quand ses visites ont été terminées, il s'est rendu dans un bois et s'est pendu. Il était en fait venu leur dire adieu, les revoir une dernière fois.
Je me souviens aussi d'un collègue de 27 ans, qu'on a retrouvé pendu dans notre hangar réservé au matériel des espaces verts. Il avait attendu midi, dit au revoir à tout le monde, il est apparemment parti pour déjeuner chez lui. Sa maman a appelé parce qu'il n'arrivait pas, mais elle n'a trouvé personne, les locaux du service étaient fermés. Elle a rappelé à 13h30. Les collègues ont cherché et ont trouvé... Il avait calculé pour avoir le temps. Quand sa maman a appris son geste, elle est allée dans la chambre de son fils, il avait laissé une lettre, qui disait que depuis la mort de son papa, 2 ans plus tôt, il n'arrivait plus à vivre...
Je crois que quand on accuse les personnes qui se sont suicidées de lâcheté, d'égoïsme, on s'accuse surtout soi-même de ne pas avoir vu, de ne pas avoir compris... Mais la plupart du temps le suicidaire sait très bien cacher tout cela. C'est encore pire si la personne ne laisse pas de lettre pour expliquer son geste, car on peut laisser place à toutes les suppositions...
Interférer dans la décision de quelqu'un de se suicider ? Oui je suis pour. Parce que quand on en arrive là , on n'est plus dans son état normal, on a fermé toutes les portes, on a rejeté toute aide, tout espoir, et surtout on est malade de souffrance. Laisse-t-on systématiquement les malades mourir ? Je connais aussi des personnes qui ne sont pas mortes et qui sont bien contentes aujourd'hui qu'on les ait ramenées à la vie quand il était temps.
Je suis pour le droit au suicide dans le cas de maladies incurables qui font souffrir et à plus forte raison pour l'aide au suicide quand la personne n'est plus capable de le faire seul. Appelez ça de l'euthanasie si vous voulez, pour moi l'euthanasie c'est plutôt quand la personne ne peut plus donner son avis.
Mais sinon je ne suis ni pour ni contre le droit de se suicider... Ce n'est pas un droit, c'est une souffrance. Reconnaître qu'il y a un droit au suicide, c'est reconnaître qu'il y a des règles qui le justifient. Mais rien ne justifie un suicide sauf ce que pense la personne qui va passer à l'acte. Ca ne suffit pas pour en faire un droit à mon sens.
