Les gens qui crèvent de faim ne sont pas gros... Tu n'as jamais vu ces enfants dénutris d'Ethiopie avec leurs énormes ventres ?
Tu dis : "j'ai été à la limite de l'obésité", puis "j'ai été grosse moi-même"... Ca a du mal à sortir hein ?

Une fois tu es en limite et la fois suivante tu parles au passé. Comme de qqchose de honteux, de mal...
C'est là que le bât blesse ? Tu fais partie de ces "anciennes grosses" à qui nous rappelons tant de mauvais souvenirs ? Tu cherches à transférer tout ce que tu as ressenti sur nous, nous qui, comme Aspha, nous sentons bien dans notre peau, qui te faisons cruellement ressentir ce que tu n'as jamais obtenu ?
Peut-être même que tu fais partie de ces femmes qui sont encore grosses dans leur tête et qui ne craignent qu'une chose : regrossir. Le spectacle que nous offrons prouve que ça peut encore arriver, encore T'arriver...
C'est facile de se cacher derrière le "c'est pas bon pour la santé". Ca donne une excuse supplémentaire pour ne pas faire le travail d'acceptation de soi. Toutes les personnes en surpoids ne sont pas en mauvaise santé, c'est une idée reçue.
"Tu n'es pas contre les grosses, tu l'as été toi-même"... Y a un type en ce moment à la télé, il dit qu'il n'est pas contre les noirs, d'ailleurs il en a employé deux qui ont élevé ses enfants !
J'aimerais savoir à quel titre tu serais contre les grosses... Remplace un instant le mot grosses par noirs... handicapés... étrangers... myopes... blonds... charcutiers...
Si je comprends bien, pour toi, on a le droit de se montrer en photo publiquement seulement si on est "dans la norme" (définie par qui et au nom de quoi, on n'en sait rien, mais ça rassure une norme, surtout un nombre hein? Ca ment pas les nombres ! C'est carré, précis ! Y a pas à discuter, t'es dedans ou tu y es pas !

). Mais pourquoi ? Au nom de quoi ?
On a le droit de sortir dans la rue ? Le fait que nous osions sortir, c'est aussi exposer notre obésité ?
Tu le dis très bien, tu exposes une peur. Mais pas n'importe laquelle. C'est ta propre peur que tu exprimes, celle de l'ancienne grosse qui est toujours en toi, celle que tu as détestée et que tu n'as pas réussi à "tuer", celle dont tu as tellement peur qu'elle revienne.
Je crois que plusieurs d'entre vous ont également dit des choses très justes : nous ne prônons pas l'obésité. Ca c'est le rôle des feeders et des feedees.
Nous, nous essayons par nos modestes moyens de faire en sorte que même si nous sommes jugées "hors normes", on nous considère normalement, comme des être humains à part entière, sans discrimination à cause de notre poids, qu'elle soit négative (les gros sont moches et fainéants) ou positives (les grosses sont plus douces et plus maternelles). Ras le bol d'entendre que tout est question de volonté et ras le bol de cette culpabilité qu'on nous colle à longueur de journée sur le dos. Ras le bol des idées reçues, positives ou négatives.
Tu as l'impression que parfois on dit qu'il faut s'aimer coûte que coûte comme ça. Non ce n'est pas vraiment ça.
Ce qu'on dit c'est qu'à partir du moment où notre surpoids ne représente pas un danger pour notre vie (on n'est pas toutes malades tu sais !

) ou qu'on n'y peut rien (certaines d'entre nous pourront faire tout ce qu'elles veulent, elles ne peuvent pas perdre de poids), il faut essayer de de s'accepter pour vivre le mieux possible.
Je ne suis pas une ancienne grosse. Je suis grosse. Tu vois je le dis, ça ne me fait plus rien.

Je n'ai plus d'hypophyse donc un bouleversement hormonal très important. Ca m'a rendue stérile, ça m'a fait prendre du poids et ça m'a donné des tas d'autres problèmes. Mais je vais bien. J'ai une vie normale, un mari qui m'aime, une maman qui m'aime, des amis sur qui je peux compter, un vrai boulot, un salaire, une maison, des hobbies...
J'ai atteint un poids qui ne descendra pas sauf si je tombe malade. Qu'est ce que je dois faire ? Me morfondre jusqu'à la fin de mes jours en pleurant sur mes kilos ? M'angoisser parce qu'ils vont peut-être me conduire au cimetière plus tôt que prévu ? M'apitoyer sur moi-même parce que je n'ai pas pu avoir d'enfant et que je dois prendre des médocs à vie ? M'habiller comme avec des sacs, noirs de préférence? J'ai essayé tout ça !

Ca ne me faisait pas me sentir mieux ! Alors est arrivé un moment où j'ai dû choisir. Soit je continuais à gâcher ma vie (et c'est trop con surtout si j'ai une espérance de vie inférieure aux autres !

) soit je pensais enfin à moi et je vivais.
J'ai choisi la vie. Je refuse qu'on me le reproche et qu'on me traite de fainéante sans volonté. Parce que pour arriver où j'en suis, il m'a fallu bien plus de volonté et de courage que pour suivre ces régimes de merde qui m'ont enfoncée un peu plus et ont bousillé le peu de confiance qui me restait à l'époque.
Je suis une femme normale, je vis normalement et je refuse qu'on me dise que je prône l'obésité rien qu'en me montrant, en vrai ou en photo. Je ne prône rien, juste mon droit à la vie comme tout le monde. J'ai le droit de me montrer. Que ceux à qui je déplais ne me regardent pas. MAIS J'AI LE DROIT et sans qu'on vienne me prêter des intentions que je n'ai pas.
Et c'est juste ça que je veux faire partager à celles et ceux qui, comme moi, doivent vivre comme ça. Parce qu'on vaut autant que les autres. Pas plus, pas moins non plus.