aile-du-desir a écrit :Patty a écrit :
Elle descend, elle va tomber, tu dois la laisser tomber.
Je pense qu'un conseil plus nuancé ou plus explicite serait approprié. Certaines interprétations de cette phrase pourrait conduire à des situations tragiques.
C'est pourtant le conseil le plus avisé que l'on m'ait donné quand mon mari buvait et je regrette qu'on ne me l'ait pas donné plus tôt !
Je l'ai laissé "tomber" aussi bas qu'il l'a voulu. Est ce que ça a été dramatique ? Il n'est pas mort si c'est ce que tu veux dire. Mais le soir du 20 décembre 2002, il n'est pas rentré à la maison. J'ai appelé sa mère et les hôpitaux. Il n'y était pas. Son portable était sur messagerie. Je n'ai pas cherché plus loin, je l'ai laissé. Vers 1h du matin la porte de l'appartement s'est ouverte. Il est entré, le visage plein de sang, il empestait l'urine, il était trempé et gelé et se trainait. Son talon était sur le dessus de son pied, puisque sa cheville était cassée. Ca faisait plusieurs heures qu'il était sur le parking au pied de l'immeuble, à 5 mètres à peine de l'entrée. Il ne savait plus se servir de son portable. Il n'arrivait pas à atteindre la porte. Personnne ne passait. il a crié, personne ne l'a entendu. Il faisait froid, il pleuvait, il avait une cheville cassée et un trauma crânien. Il était, je le cite "en train de crever devant chez lui, dans le caniveau comme un clochard ivrogne". Il s'est rendu compte qu'il était "tombé" au plus bas et qu'il était seul à pouvoir remonter. Il a réussi à rentrer à la maison. J'ai appelé les pompiers. Le lendemain à l'hôpital, il m'a juré qu'il ne boirait plus. Ca fait 11 ans qu'il tient sa promesse.
Alors oui c'était dramatique et ça aurait pu être pire. Mais enfin confronté à lui même et à son démon, il a choisi de remonter, parce que tous, on l'a laissé "tomber".
aile-du-desir a écrit :Patty a écrit :]Ce n'est que comme ça qu'elle comprendra qu'elle a le choix de remonter ou pas.
Parfois le poids de la souffrance, du désespoir ou de la culpabilité peut empêcher un choix éclairé et salutaire.
Mais pour le reste je suis tout à fait d'accord avec toi.
Un choix éclairé et salutaire ? Chez un alcoolique ? De la culpabilité ? Quand un alcoolique est en plein dedans, ça n'existe pas. L'important c'est de boire, de trouver sa dose. La souffrance c'est celle du manque. Le désespoir c'est ne pas pouvoir boire tellement ça fait mal de ne pas avoir sa dose, tellement les mécanismes de l'alcoolisme font mal, physiquement. Le reste ne compte plus vraiment. Mon ex mari me l'a très bien expliqué après. Tout ce qu'il l'intéressait chez moi, sa mère, sa famille, ses amis, c'était qu'on pouvait lui procurer à boire, volontairement ou involontairement. Le reste il s'en fichait, il n'avait pas la possibilité de faire autre chose.
La culpabilité, la souffrance morale, il les a connues après, quand il a vu ce qu'il avait détruit avec son alcoolisme.
Je ne nie pas qu'il y a une souffrance la base. On dit souvent des alcooliques "pourtant il (elle) a tout pour être heureux". Il faut croire que non. Mais après la souffrance vient de l'alcool et de sa chimie particulière, de son mode d'action sur l'organisme qui va bien au delà de la "cuite".
Il n'y a pas d'anciens alcooliques, il y a des alcooliques. Le danger est toujours là , chaque jour sans alcool est un jour gagné.
Mon ex mari a beau être abstinent total depuis 11 ans, il se présente toujours comme alcoolique. Il connait le danger qui le guette au quotidien. Chaque jour il se bat, c'est plus ou moins facile. Il sait qu'il peut replonger à tout moment, et que s'il le fait, la chute sera extrêmement rapide.
Mais une chose est certaine, jamais je n'ai regretté de l'avoir laissé "tomber". Même si ça a été la chose la plus dure que j'ai faite, même si j'ai eu l'impression que je l'envoyais à la mort. Je lui ai en fait donné la chance de décider.
Poirier, oui tu attends, comme j'ai attendu. Tu fais des erreurs et tu en feras encore. Mais tant que tu veux te battre à ses côtés, tant que tu en as la force, il faut faire comme tu le sens. Combien de fois on m'a dit de quitter mon mari quand il buvait ? Je suis restée, j'attendais... Avec plein d'espoirs déçus. Et un jour il a arrêté de boire. L'après... Je t'en ai déjà parlé. Mais notre vie n'est pas la vôtre. Fais ce que tu peux, protège toi et vis aussi pour toi. Sinon ça sera la chute pour vous deux. Et rappelle toi chaque jour : tu as le choix.
