Comment j'ai fait ? Ouh la, vaste question. Ca a été long, très long, et parfois il m'arrive de perdre un peu confiance en moi mais c'est de courte durée.
Moralement parlant, je me suis forcée à faire la liste de mes qualités et de mes défauts en toute objectivité. Alors ça, bien sûr, ça demande du temps, beaucoup. Et de l'entraînement. Et quelques personnes franches (pas besoin de quelqu'un qui veut nous enfoncer ou de quelqu'un qui passe la brosse à reluire) qui nous connaissent bien. Et, bien évidemment, ça demande d'accepter de voir ce qu'on ne veut pas voir : là où on a merdé complètement, là où on a eu raison et que ça a fait mal, etc. Et de chercher d'où viennent certains de nos défauts (ce qu'on a vécu qui fait que, etc).
J'ai pleuré plus d'une fois à mettant le doigt sur certains de mes défauts. J'ai également pleuré (de joie) lorsqu'on m'a aidée à voir mes qualités. Et puis une fois la liste faite, il m'a fallu avaler certaines choses et les accepter. Ca aussi ça demande des efforts parce qu'on a tendance à vouloir les nier (surtout certains gros défauts), les dissimuler aux yeux des autres, etc.
Physiquement parlant, il m'a fallu un miroir, et beaucoup beaucoup de courage et de persévérance. Au début on ne voit que ce qui cloche et on se dit qu'on est moche. Il faut vraiment se forcer pour voir ce qui va (j'ai découvert que j'ai un regard très expressif, par exemple). Avec le temps, ça devient naturel. Maintenant, quand je croise mon reflet dans une vitrine, ce sont mes cheveux que je regarde (plus ils sont longs plus je suis contente

) et plus mon profil, contrairement à ma mère qui en est encore à dire "qu'est ce que je suis moche !"
Là aussi il y a eu des larmes, beaucoup. Mais ça en valait la peine. Maintenant quand je me lève avec la tête dans le fondement, j'arrive à me regarder dans le miroir et à dire "j'ai vraiment une sale tronche ce matin !" et non plus "j'ai vraiment une sale tronche" (tout court). C'est déjà pas mal. Alors, je ne me trouve certes pas canon, je ne suis pas aveugle, mais je me trouve du charme.
Il faut également savoir comment on voit l'acceptation des défauts. Par exemple, pour ma mère il est impossible d'accepter son corps tel qu'il est et de regarder ce qui va parce qu'elle associe cela au fait de vouloir rester ainsi, de baisser les bras. Pour moi, ça veut simplement dire que j'accepte d'être dans ce corps (et avec ces défauts) le temps d'arriver, peut-être à changer la donne sans pour autant me dire que je ne peux pas vivre ainsi, qu'il faut que je change à tout prix rapidement. J'accepte que ça prenne du temps et je fais en sorte que ce ne soit ni "un drame" ni une obsession.
Mais purée qu'est ce que c'est dur de se regarder en face ! Ca m'a demandé plusieurs années.
Et puis comme rien n'est jamais acquis, je fais un bilan régulièrement. C'est un peu plus facile maintenant que le plus dur est fait.
Ca m'aura apporté beaucoup. Je ne me laisse plus marcher sur les pieds, je ne crois plus tout ce qu'on me dit sur mon caractère, je sais faire la différence entre la "brosse à reluire", les gens qui cherchent à me rabaisser et ceux qui parlent "vrai". Je ne fais plus ce que ma mère attend de moi sous le fameux prétexte de mes "capacités" : je sais de quoi je suis capable, de quoi je ne suis pas (encore) capable et ce qui me correspond ou non. Du coup, je fais ce que j'ai envie pour moi et non pour les autres et je ne cherche plus à coller à l'image qu'on voudrait avoir de moi. Finis les régimes à répétition parce que môman a décidé que je suis grosse pour mon âge (ce qui était faux à l'époque), finis les bons résultats scolaires à tout prix parce qu'on a décidé que sinon je gâche mes "capacités" (eh non, je ne peux pas être bonne partout et je ne me rend plus malade pour ça). On me prend comme je suis ou on ne me prend pas, voilà tout. Enfin, ça ne veut pas dire que je refuse de faire des efforts, mais rien qui demande que je change totalement de personnalité et/ou de physique pour les autres.
Je peux vivre sans être aimée des autres, mais je ne pense pas que j'aurais résisté bien longtemps sans m'aimer. J'ai fait les efforts qu'il fallait aussi difficiles soient-ils parce que c'était, pour moi, la "dernière chance", le coup de pied au fond de la piscine pour remonter à la surface avant de me noyer.
Soyons dans l'énorme...