Je ne sais pas trop si j'ai fait le deuil de la minceur en soit. Je crois plutôt que je me suis affranchie et réconciliée avec certaines choses autour de moi qui me faisaient prendre du poids ou culpabiliser d'être ronde (dodue, en surpoids, je n'ai jamais été obèse).
Par exemple, j'ai beaucoup travaillé sur mon trouble alimentaire et parviens aujourd'hui à cohabiter plus ou moins bien, plus ou moins pacifiquement avec lui: mettons qu'il m'ennuie mais qu'on se comprend, et que je sais quoi faire quand il se manifeste: c'est une... cohabitation vivable et beaucoup moins destructrice qu'il y a quelques années.
En parallèle, grâce à VLR, je suis en train gentiment mais sûrement de me réconcilier avec la nourriture en appliquant les grandes lignes de la RA.
Je me suis aussi réconciliée avec le sport: jusqu'à il y a peu, le sport c'était "ce truc qui aide à maigrir et qu'il faut donc faire": autrement dit, plaisir zéro. Et là , depuis quelques mois, je me surprends à avoir envie de faire un tour en vélo, d'aller faire une petite balade, quelques longueurs à la piscine, et ce uniquement parce que ça me fait plaisir et que je me sens bien ensuite.
Mais, surtout, je me suis efforcée de me détacher de l'obsession de mon père pour la minceur, de me détacher de ce qu'il projetait sur moi, parce que son obsession à lui ne m'appartient pas. Je lui ai écrit une lettre (que je ne lui ai pas encore fait lire mais ça viendra), une lettre où je lui explique mon cheminement et où je lui demande de faire le deuil de cette fille mince que je ne serai jamais, où je lui demande d'arrêter de me comparer à ma soeur (grande et mince), à qui je ne ressemblerai jamais.
De fait, de fil en aiguille, j'en suis venue à accepter que ma morphologie était ainsi faite: je ne suis pas faite pour être mince, je serai toujours un peu ronde, un peu pulpeuse, j'aurais toujours des formes, c'est comme ça: j'ai pas hérité de la bonne part génétique de la famille
Et, par conséquent, je suis passée de "je suis affreuse!" à "ça va, je suis potable". Qui sait, un jour, peut-être que je me trouverai jolie?
Cela étant dit, je sens que le deuil n'est pas totalement fait, car RA et réconciliation avec le sport combinées sont en train d'entraîner une lente perte de poids, et j'avoue que je ne sais pas vraiment comment je le vis: d'un côté, je n'y fais pas trop attention, je le vis comme une sorte "d'effet secondaire" puisque je me sens de mieux en mieux dans mon corps, mais de l'autre j'ai un peu peur de l'effet boule-de-neige, puisque ma balance affiche des chiffres que je n'avais plus vus depuis des années, et que quand je vois ça je n'arrive pas à rester insensible...
Mais enfin, tout ça pour dire, qu'en fait, si on résume, c'est au moment où j'ai commencé à accepter mon physique tel qu'il était (donc arrêter de me surveiller, de vouloir maigrir à tout prix, commencer à me réconcilier avec mon corps et à vouloir lui faire du bien) que je me suis mise à maigrir naturellement.
Donc... d'une certaine manière... oui, j'avais fait le deuil de la minceur. Enfin je crois. Mais excusez-moi si en fait je suis totalement hors-sujet, je crois que je m'emmêle un peu les pinceaux
