Au début aussi mon mari était un bon vivant qui tenait bien l'alcool. Les seuls troubles qu'on pouvait constater c'était qu'il dormait beaucoup et qu'il devenait irritable quand il n'y avait plus rien à boire... C'était gérable...
Et puis ça a commencé à influer sur sa vie sociale, sur son boulot, sur sa relation avec moi, avec nos familles, nos amis.
Progressivement il est devenu un "alcoolo" n'attendant que sa dose qui devait être de plus en plus importante pour qu'il en ressente des effets. Il lui fallait de plus en plus d'alcool, donc de plus en plus d'argent. Il me volait des chèques, me piquait la carte bleue, "empruntait" sans jamais rendre aux amis, à la famille, piquait dans le sac de ma mère... Les dettes ont commencé à monter.
Il n'était gentil que quand il avait de l'alcool, sinon c'était la gueule et les réflexions. Idem pour les câlins, il fallait qu'il se sente suffisamment bien pour y penser, donc il devait avoir bu. Sauf que les câlins quand on a bu...
Au boulot on n'en voulait plus, il sentait l'alcool, il parlait mal, il était irritable, on ne pouvait plus compter sur lui.
Nos amis ne voulaient plus nous voir.
Les gens me prenaient en pitié ou cherchaient à profiter de la situation (une pauvre femme comme moi mariée avec un mec alcoolo comme ça, ça devait manquer de sexe ! Si tu veux on peut te rendre service !).
Je me battais comme je pouvais, je croyais servir à quelque chose. Il faisait des promesses qu'il ne tenait jamais et je les croyais jusqu'à ce que ça recommence.
Il m'a accusée de vouloir l'enfoncer, d'être responsable de son alcoolisme, parce que j'étais d'un milieu plus aisé, que j'avais plus d'instruction. Il m'accusait de le dévaloriser sans cesse, de le faire passer pour un nul.
Un jour, le seul ami qui était resté à vu passer un bocal de cornichons à 2c m de mon nez... Il a vu le couteau que je tenais à la main. Ce jour là il a attrapé sa copine par la main et il l'a emmenée jusqu'à ce que ça se calme.
Plus tard il y a eu les autres. Ces deux autres femmes qui avaient ce que je n'avais pas : elles buvaient.
Il y a eu ce jour où il a levé la main sur moi mais j'ai été la plus rapide, c'est moi qui ai eu le dessus. Et c'est là que j'ai compris qu'on était au bout. Enfin que moi j'étais au bout. Je suis allée voir un avocat et là il a compris le déclic a eu lieu.
Quand je raconte ça froidement, en quelques lignes, moi-même je me demande comment j'ai pu tenir. Ca a l'air tellement évident que c'est insupportable !
Sauf que tout ça, du zom bon vivant à ce coup avorté, ça a duré presque 10 ans. C'est long 10 ans ! Les changements sont progressifs, on ne les voit même pas, sauf de l'extérieur. A chaque fois on s'habitue à pire, on accepte pire. Jusqu'au pire de trop. C'est pour ça aussi que c'est si dur de réagir. A chaque "coup" on encaisse et on se dit que ça va, on peut encaisser.
La situation "supportable" dure en fait assez longtemps, mais tout à coup, tout se met à aller très vite. Au bout de 3 ans, j'étais comme toi, je me rendais bien compte que ça n'allait pas, mais je gérais comme je pouvais. Je croyais que ça changerait... En fait ce sont les deux dernières années qui ont été très dures. Les 8 autres ma foi... Je pouvais encore supporter.
Ca n'a changé que quand j'ai compris que je ne pouvais rien faire et que j'ai arrêté d'essayer de faire quelque chose. J'ai compris que j'étais en danger et que je devais penser à moi. Là j'ai vu qu'il restait effectivement de l'amour de sa part, puisqu'il a réagi, pourtant j'aurais pu en douter non ?
Depuis ces trois ans dont tu parles, est ce que tu as le sentiment que les choses ont évolué négativement ? Même si tu as l'impression que c'est imperceptiblement ? Si oui, tu es dans la spirale...
Et tu as raison, garde le lit nom de Diou ! 