Lorene a écrit :C'est aller bien vite en besogne, mon p'tit Monsieur.
L'homosexualité masculine serait exclusive de la virilité ? Je n'en suis vraiment pas certaine.
Et là c'est moi qui dit "Lorene je t'aime!!"
Evidemment que mon exemple était complètement réducteur! Voire, et tu me mets le nez dedans, que j'ai utilisé les images d'épinal de l'homophobie pour "mettre en boite" la construction de l'homosexualité. Evidemment que l'homosexualité ne se réduit pas à la féminisation du masculin ou la masculinisation du féminin. Et qu'aujourd'hui beaucoup de gays cultivent une image super-virile, et de lesbiennes une image terriblement féminine.
Et ce que tu décris s'apparente davantage à de la bêtise crasse à laquelle le seul remède est l'éducation dès le plus jeune âge. Je ne comprends pas bien le lien direct que tu sembles faire entre offrir un camion de pompier à un gamin et l'attitude terrible de ses parents.
Le camion, j'ai rien contre lui, par contre, la bêtise crasse, on en fait tous pourtant de façon plus ou moins implicite, là effectivement je tirais des ficelles, encore une fois, un peu faciles, trop exemplaires.
Le lien entre le camion et l'attitude terrible des parents (qu'elle soit explicite comme ici, ou non), ce sont les projections que les parents font sur les enfants, ce dans quoi ils tentent de les éléver, et ce dans quoi parfois ils les enferment, quand leurs injonctions portent une pression ou un paradoxe insoutenable : "tu seras comme moi", "tu ne seras pas comme moi", "tu seras ceci ou cela", "tu porteras le nom de ton oncle mort en pleine jeunesse à guerre/dans un accident/d'une maladie grave"... ou encore... des conneries du genre :
"Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d'un seul mot;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi;
Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon fils"
Voilà . Je ne remercie pas Kipling, pour le tissu d'insanités, somme toute très écoeurant, qu'il a déversé sur des générations de fils. Drôle d'injonction non?
Merde quoi, qu'est ce qu'on leur fait porter aux mômes comme conneries!
Lorene a écrit :Je ne suis ni psy ni sociologue, mais j'ai cru comprendre que de cette différence, notre inconscient en tirait certaines conséquences qui seraient à l'origine de la fameuse division.
Ben justement, où faut-il le situer l'inconscient? Comme un socle universel qui existe avant même la culture? Les psys ne disent pas tous oui, les sociologues ne disent pas tous non. Par contre les ethnopsychiatres diraient plutot non, et l'envisage comme un substrat façonné par nos structures de société.
Lorene a écrit :Et puis, surtout, ça ne sert pas à grand chose d'émettre des hypothèses sur comment serait le monde sans la contrainte que fait peser "la société". Ces contraintes existent, elles existeront toujours, même si elles sont nécessairement appelées à évoluer au cours du temps.
Lorène, pas révolutionnaire (on va pas changer le monde), plutôt réformiste (on peut l'améliorer).

Ben c'est ça la question : pas comment "se passer de contrainte", mais comment infléchir la contrainte, comment faire pour que la contrainte n'écrase pas, n'enferme pas (bref, qu'elle soit transgressive), mais protège, incite, porte et libère (bref, qu'elle soit permissive).
Et la question qui nous concerne : bon, on en fait quoi des genres féminin et masculin? On les laisse dans leurs sabots sexistes et leurs filets de détermination biologique "naturels", ou bien l'on se permet de briser les ordinaires idoles du genre qui nous y réduisent?