je copie annel sans hésiter mon vieux, je pleure a chaque fois
Dans son vieux pardessus râpé
Il s'en allait l'hiver, l'été
Dans le petit matin frileux
Mon vieux.
Y avait qu'un dimanche par semaine
Les autres jours, c'était la graine
Qu'il allait gagner comme on peut
Mon vieux.
L'été, on allait voir la mer
Tu vois c'était pas la misère
C'était pas non plus l'paradis
Hé oui tant pis.
Dans son vieux pardessus râpé
Il a pris pendant des années
L'même autobus de banlieue
Mon vieux.
L'soir en rentrant du boulot
Il s'asseyait sans dire un mot
Il était du genre silencieux
Mon vieux.
Les dimanches étaient monotones
On n'recevait jamais personne
Ça n'le rendait pas malheureux
Je crois, mon vieux.
Dans son vieux pardessus râpé
Les jours de paye quand il rentrait
On l'entendait gueuler un peu
Mon vieux.
Nous, on connaissait la chanson
Tout y passait, bourgeois, patrons,
La gauche, la droite, même le bon Dieu
Avec mon vieux.
Chez nous y avait pas la télé
C'est dehors que j'allais chercher
Pendant quelques heures l'évasion
Tu sais, c'est con!
Dire que j'ai passé des années
A côté de lui sans le r'garder
On a à peine ouvert les yeux
Nous deux.
J'aurais pu c'était pas malin
Faire avec lui un bout d'chemin
Ça l'aurait p't'-êt' rendu heureux
Mon vieux.
Mais quand on a juste quinze ans
On n'a pas le cœur assez grand
Pour y loger tout's ces chos's-lÃ
Tu vois.
Maintenant qu'il est loin d'ici
En pensant à tout ça, j'me dis
"J'aim'rais bien qu'il soit près de moi"
PAPA...
la centenaire linda lemay
Ca fait cent longs hivers
que j'use le même corps
j'ai eu cent ans hier
mais qu'est-ce qu'elle fait la mort
J'ai encore toute ma tête
elle est remplie d'souvenirs
de gens que j'ai vus naître
puis que j'ai vus mourire
J'ai tellement porté d'deuils
qu'j'en ai les idées noires
j'suis là que j'me prépare
je choisis mon cercueil
Mais l'docteur me répète
visite après visite
qu'j'ai une santé parfaite
y'est là qu'y m'félicite
{Refrain:}
J'ai vu la Première guerre
le premier téléphone
me voilà centenaire
mais bon, qu'est-ce que ça me donne
les grands avions rugissent
y'a une rayure au ciel
c'est comme si l'éternel
m'avait rayée d'sa liste
Ca fait cent longd hivers
que j'use le même corps
j'ai eu cent ans hier
mais qu'est-ce qu'elle fait la mort
Qu'est-ce que j'ai pas fini
qu'y faudrait que j'finisse
perdre un dernier ami
enterrer mes petits-fils?
J'ai eu cent ans hier
ma place est plus ici
elle est au cimetière
elle est au paradis
Si j'mertais l'enfer
alors c'est réussi
car je suis centenaire
et j'suis encore en vie
{au Refrain}
Moi j'suis née aux chandelles
j'ai grandi au chaudron
bien sûr que j'me rappelle
du tout premier néon
J'ai connu la grande crise
j'allais avoir 30 ans
j'ai connus les églises
avec du monde dedans
Moi j'ai connu les cheveaux
et les planches à laver
un fleuve beau
qu'on pouvait se baigner
Moi j'ai connu l'soleil
avant qu'y soit dangereux
faut-il que je sois veille
venez m'chercher, bon dieu
J'ai eu cent ans hier
c'est pas qu'j'ai pas prié
mais ça aurait tout l'air
que dieu m'a oubliée
Alors j'ai des gardiennes
que des nouveaux visages
des amies de passage
payées à la semaine
Elles parlent un langage
qui n'sera jamais le mien
et ça m'fait du chagrin
d'avoir cinq fois leur âge
Et mille fois leur fatigue
immobile à ma fenêtre
pendant qu'elles naviguent
tranquilles sur internet
{au Refrain}
C'est vrai qu'j'attends la mort
mais c'est pas qu'j'sois morbide
c'est qu'j'ai cent ans dans l'corps
et qu'j'suis encore lucide
C'est que je suis avide
mais qu'y a plus rien à mordre
c'est au'mon passé déborde
et qu'mon avenir est vide
On montre à la télé
des fusées qui décollent
est-ce qu'on va m'expliquer
ce qui m'retient au sol
Je suis d'une autre école
j'appartiens à l'histoire
j'ai eu mes années folles
J'ai eu un bon mari
et quatre beaux enfants
mais tout l'monde est parti
dormir au firmament
Et y'a qui moi qui veille
qui vis, qui vis encore
je tombe de sommeil
mais qu'est-ce qu'elle fait la mort.
dans mon jeune temps linda lemay
Dans mon jeune temps, comme disent les vieux
J'trouvais qu'maman était vieux jeu
Dans mon jeune temps, avant qu'sois grande
J'fuyais les grands qui voulaient me prendre
Dans mon jeune temps, du temps qu'j'étais petite
Je voulais pas grandir trop vite
Devenir sérieuse, parler d'argent
J'étais heureuse dans mon jeune temps
Dans mon jeun temps, j'croyais qu'l'amour
C'était gratuit et pour toujours
Et j'trouvais pas ça important
De dire "je t'aime" Ã mes parents
Dans mon jeune temps, je fuyais tout
C'qui s'penchait pour m'faire un bisou
Et lorsque hélas, on m'embrassait
Dans une grimace, je m'essuyais
Dans mon jeune temps, les yeux rivés
Sur une bande dessinée
J'oubliais tout c'qui m'entourait
Tous mes toutous, tous mes jouets
Même le papier peint tout nouveau
Celui que j'avais choisi moi-même
Celui qu'mon père sur l'escabeau
Avait posé non sans problème
Dans mon jeune temps, je voyais pas
Tout c'qu'on faisait pour me faire plaisir
J'croyais qu'le plaisir était lÃ
Et qu'il suffisait d'se servir
Qu'il était comme dans un gros plat
Que le bon Dieu nous préparait
Dans mon jeune temps, je savais pas
Combien coûtait ce que j'mangeais
Dans mon jeune temps, quand ma grand-mère
Venait me radoter le sien
Et qu'elle se rappelait mon grand-père
Avec des yeux comme plein d'chagrin
Dans mon jeune temps, j'comprenais pas
C'que voulais dire "mélancolie"
J'croyais qu'y avait des mots comme ça
Qui étaient là juste pour faire joli
Dans mon jeune temps, j'croyais qu'la vie
C'était très long, mais j'ai grandi
Et voilà que j'ai l'impression
De manquer d'jours et de saisons
Voilà que j'parle comme les vieux
Avec des larmes dans les yeux
De mon mariage, de ma carrière
Et de tout c'que j'ai pas pu faire
Y a du tout nouveau papier peint
Dans la chambre de Marie-Hélène
Rien qu'parce qu'elle m'a dit y a deux semaines
Qu'elle raffolait pas de l'ancien
Dans mon jeune temps je savais pas
Qu'y aurait fallu que j'dise merci
J'irais maintenant l'dire à papa
S'il était pas déjà parti
Dans mon jeune temps, comme disent les vieux
J'trouvais qu'maman était vieux jeu
Elle me disait d'faire attention
Chaque fois que j'sortais d'la maison
Et voilà que j'fais la même chose
Avec Marie-Hélène et Rose
Et je les embrasses même si
Elles grimacent, et puis s'essuient ...
même pas un arbre linda lemay
C'était même pas un arbre
C'était même pas vivant
Mais c'était immuable
Ça défiait tous les vents
C'était juste un peu grand
C'était même pas très gros
C'était même pas méchant
C'était juste un poteau
Il était même pas droit
Il était juste long
Il était juste lÃ
debout sur l'horizon
C'était même pas un arbre
C'était tout juste bon
A supporter deux câbles
Et servir trois maisons
C'était même pas un arbre
C'était même pas vivant
Je ne sais pas comment
C'était inévitable
C'était un solitaire
Il n'avait pas d'forêt
On ne voyait pas ses frères
Ni de loin ni de près
Il était comme perdu
Dans son grand paysage
N'était même pas foutu
De faire du bois d'chauffage
C'était même pas un arbre
Mais c'était bien présent
Planté dedans le sable
A l'orée d'un grand champ
Et puis quelle maladresse
Quel malheureux hasard
Quelle erreur dans le geste
Ou bien quel désespoir
A fait, qu'Ã toute vitesse
Avec tant de justesse
Et tant d'exactitude
Dans ton élan d'ivresse
Tu t'cognes à l'étroitesse
De tant de solitude
Et que tu te confondes
A cet exclu du monde
C'était même pas un arbre
C'était juste une embûche
Et je me sens coupable
De faire ainsi l'autruche
En refusant de croire
Que tu l'aies fait exprès
D'avoir cet avatar
Avec ce tronc si laid
C'était même pas vivant
Et ça manquait d'couleurs
Alors de temps en temps
Je dépose des fleurs
Au pied de cette tour
Que, dans un grand fracas
T'as choisie pour toujours
Comme amie et comme croix
Elle s'était, sur le coup
Évidemment cassée
Mais, pendant le mois d'août
Des hommes l'ont réparée
Pour soutenir deux câbles
Et servir trois maisons
C'était même pas un arbre
C'était juste un vieux tronc
Oui, mais depuis le drame
J'y ai gravé ton nom
Je le couvre de larmes
Et de génuflexions
Ça n'avait même pas d'feuilles
C'était déjà défunt
Avant que tu ne veuilles
Lui léguer ton parfum
Aujourd'hui, ce poteau
Qui pointe vers le ciel
Discrètement, me révèle
bref linda lemay y en a encore plein et merde elles sont jolis mais triste

l'essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu'avec le coeur. St Exupéry