orgevale a écrit :merci Cora de ton intervention, et si tu pouvais me donner tes références comme quoi Hitler n'est pas végétarien cela serait trés sympat.
Salut Orgevale!
J'avais dit que je transmettrai un autre texte sur le sujet, alors le voici.
Amitiés
Du bon usage du nazisme
«En 1933, Hitler déclarait solennellement :
"Sous notre nouveau Reich, il ne devra plus y avoir
la moindre place pour la souffrance des animaux."»
/Affirmation de Luc Ferry dans son livre Le Nouvel Ordre Ecologique, p.110/
Lorsqu'on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage ; lorsque le Vatican régnait encore sans guère de partage, la population accusait les hérétiques de sorcellerie ; aujourd'hui, nous vivons sous le règne de l'humanisme et sous le régime de la démocratie : on accuse donc volontiers ses adversaires de fascisme, voire de néo-nazisme pour faire bonne mesure. Le procédé est courant, voire galvaudé. Il garde néanmoins une efficacité remarquable, bientôt soixante ans après que le IIIe Reich ait été écrasé et bientôt dix ans après que l'État français ait contribué à la réalisation du dernier génocide du siècle - ce dont on n'entend par contre guère parler.
Élisabeth Hardouin-Fugier montre que de nombreuses allégations concernant une «zoophilie» nazie sont tout simplement fausses. Quand bien même elles auraient été vraies, cela n'aurait bien sûr rien prouvé. Mais, outre que ces rectifications de Élisabeth Hardouin-Fugier sapent une «rationalisation» de l'hostilité que rencontre le souci animaliste, elles nous amènent à nous poser des questions. Il y a certainement une «raison» profonde, qui justement n'est pas de l'ordre de la raison, au fait que lorsqu'on aborde la question animale, la référence au nazisme s'invente si promptement.
Une partie de la population par exemple est persuadée que Adolf Hitler était végétarien ; les végétariens connaissent bien cet «argument», qui leur est constamment opposé. Pourtant, les cuisiniers de Hitler, entre autres, ont témoigné que leur Führer mangeait des animaux lors de ses repas. C'est qu'il était humain, cet homme-là ! En fait, Hitler avait des problèmes d'estomac qui le rendaient délicat et il évitait certains mets, dont certaines viandes. Il n'y a pas là , pourrait-on penser, de quoi bâtir un mythe !
Presque personne ne sait, par contre, que Hitler avait déclaré illégales les organisations végétariennes sur l'ensemble des territoires du Reich :
«ŠHitler montrait peu de sympathie pour la cause végétarienne en Allemagne. Lorsqu'il arriva au pouvoir en 1933, il interdit toutes les sociétés végétariennes en Allemagne, arrêta leurs responsables et fit cesser de paraître la principale revue végétarienne publiée à Francfort. La persécution nazie força les végétariens allemands, une infime minorité dans une nation de carnivores, soit à quitter le pays, soit à vivre dans la clandestinité. [Š] Durant la guerre, l'Allemagne interdit toutes les organisations végétariennes dans les territoires qu'elle occupait, alors même qu'un régime végétarien aurait aidé à faire face à la pénurie de nourriture due à la dureté des temps.»
Comment se fait-il qu'un tel mythe - Hitler végétarien - soit si répandu ? Pourquoi le fait que les organisations végétariennes aient été interdites, et des végétariens persécutés, est-il par contre rayé de la mémoire collective ? Comment se fait-il que le mythe popularisé par Ferry, qui l'a conforté de son «autorité» - que les nazis étaient fondamentalement zoophiles - ait pu prendre aussi bien ? Pourquoi ne s'est-il trouvé pratiquement personne avant Élisabeth Hardouin-Fugier pour contester cette affirmation ?
Continuons : pourquoi persiste-t-on à croire, malgré l'abondance de preuves contraires, que les nazis avaient aboli la vivisection ? Le thème est classique, là encore, et revient de façon lancinante. Il témoigne de toute évidence d'une volonté de croire que les nazis auraient remplacé les expérimentations sur animaux par des expérimentations sur des prisonniers. Une volonté de croire que se préoccuper du sort des non-humains aboutirait à des catastrophes monstrueuses pour les humains, bref, serait en quelque sorte «anti-humain». Une volonté d'une force telle qu'elle n'hésite pas à s'inventer des raisons de croire pour se satisfaire.
De fait, l'argumentation de Ferry quant à la «dignité humaine» menacée par «l'amour des animaux» et sa référence-repoussoir au nazisme ont été reprises universellement - de l'extrême-gauche à l'extrême-droite - pour salir les personnes qui se préoccupent de la condition animale. Le mythe est porteur, et semble être apparu à point nommé...
Yves Bonnardel
Extrait de la Préface Ã
Luc Ferry ou le rétablissement de l’ordre,
E. Hardouin-Fugier, E. Reus, D. Olivier ,
Editions Tahin Party