Ce que je trouve agaçant, c'est que dans les débats houleux, peu de gens savent argumenter. Si l'opinion de quelqu'un ne leur plait pas, ils attaquent !
Je crois que beaucoup font deux erreurs dans les débats. La première c'est de croire que le débat doit obligatoirement se clôturer par la "victoire" d'un des deux camps et ils ont l'impression qu'on tourne en rond si on n'y arrive pas. Un débat n'a pas pour but de faire dominer une opinion. Son but c'est que chacun puisse argumenter et contre argumenter de façon objective afin que ceux qui lisent ou écoutent (ou participent) aient tous les éléments nécessaires pour se faire leur propre opinion. Et c'est pour ça qu'un débat doit normalement être terminé dans un temps donné (sinon oui, ça tourne en rond et on se répète).
La seconde erreur c'est de vouloir convaincre l'autre qu'il a tort et de vouloir le faire changer d'avis. Là encore ce n'est pas le but d'un débat. Il ne s'agit pas de démontrer à l'autre qu'il a tort mais de lui expliquer pourquoi on ne pense pas pareil. On n'est pas obligé de convaincre, ni d'être convaincu.
Je suis de gauche et je connais un adhérent FN. Bien sûr que je ne me rallierai pas à ses idées. Mais je respecte la façon qu'il a de présenter ses arguments, parce que c'est cohérent pour son type de pensée et son mode de fonctionnement.
Moi je lui explique pourquoi je ne suis pas d'accord sur ses points de vue. Je n'essaie pas de le rallier à mon point de vue et je ne l'insulte pas parce qu'il ne pense pas comme moi. Quand un point me parait vraiment trop douteux, plutôt que de l'insulter, je lui demande pourquoi il pense comme ça, comment il en est arrivé là . La question est toujours plus pertinente que l'insulte et permet de voir si son adversaire est cohérent dans sa pensée.
Il ne faut pas oublier qu'un contexte peut donner à quelqu'un des idées qu'on peut juger "pas politiquement correctes". Rappelez vous dans "La Crise" quand Patrick Timsit dit "c'est plus facile de ne pas être raciste quand on habite un duplex dans le XVIe que quand on a un studio dans le 20e, parce que c'est pas les gens du XVIe qui se poussent pour faire de la place aux étrangers". On peut ne pas être d'accord avec ça. Mais pas la peine de traiter l'autre de sale facho, autant comprendre quel contexte l'a amené à penser comme ça.
On met aussi trop de sentiments dans les débats et de ce fait on déséquilibre le rapport d'échange.
Quand on parle avec quelqu'un on se trouve forcément dans une de ces trois situations :
- on est dans la dimension "parent" : on enseigne quelque chose, on veut convaincre.
- on est dans la dimension "adulte" : on argumente et on contre argumente de façon objective.
- on est dans la dimension "enfant" : on laisse ses sentiments prendre le dessus, on réagit avec ses tripes, on insulte parfois.
Ce sont les principes de la célèbre analyse transactionnelle chère aux psy, et c'est super utile quand on a pigé le principe.
Dans un débat on doit rester à une relation adulte / adulte, ou une relation parent / parent ou parent /adulte.
Si on emploie la dimension "enfant" on déséquilibre totalement le débat et ça donne ce que vous savez. (regardez Ségo contre Sarkozy, à quel moment elle s'est grillée ? Quand elle a fait son cake à propos de la question des enfants handicapés. Elle est passée en mode enfant, il a pris le mode parent et il a gagné... Si elle était restée en mode adulte, elle aurait eu bien plus de crédibilité).
Pour essayer mon truc il faut choisir un débat très très très polémique comme... pour ou contre la consommation du pamplemousse !

Ca parait très con. Mais c'est exactement pareil que pour ou contre la peine de mort en termes d'argumentation.
Vous faites d'un côté les arguments objectifs "pour" (ça contient des vitamines, ça contient des fibres, les agrumes ont des qualités pour la santé) et du "contre" (c'est acide, c'est chiant à éplucher, ça fait mal à l'estomac). Puis vous contre argumentez (on peut sucrer le pamplemousse pour enlever l'acidité, il y a des cuillères spéciales qui permettent de le manger facilement...).
A aucun moment on ne doit dire "c'est bien ou c'est pas bien de manger du pamplemousse " ni dire à l'autre "t'es con de manger du pamplemousse".
La prochaine fois qu'on aura un débat houleux, j'aimerais bien qu'on pense à mon pamplemousse !
