maria123 a écrit :Je comprends alors ton point de vue par rapport au CHU, Glyss. Mais j'ai du mal à comprendre cet antagonisme entre tenants du langage signé et tenant de l'oralisme, alors que ce choix est en général celui qu'ont fait les parents.
Pour deux raisons :
- Les parents qui font le choix de l'oralisme pour leur enfant sourd sont en général des gens qui n'ont jamais côtoyé la surdité auparavant, et qui font tout pour s'impliquer personnellement dans l'éducation de leur enfant (quitte à ce que la mère sacrifie son boulot). Donc en général, l'enfant sourd oraliste est bien intégré, mais se retrouve isolé et est parfois le seul enfant sourd d'une classe ou même d'une école (c'était mon cas en maternelle et à l'école primaire, ce n'est qu'au collège que j'ai côtoyé d'autres sourds, et au lycée, je me suis de nouveau retrouvée seule). Les parents qui n'ont pas la possibilité de s'occuper ou de s'impliquer dans l'éducation de leur enfant sourd le mettent souvent dans une institution spécialisée où il fréquente d'autres sourds et donc apprend la langue des signes et vit en communauté. Il y a beaucoup d'exceptions et les choses ont pas mal changé ces dernières années, mais grosso modo, c'est comme ça.
- La langue des signes a été interdite pendant un siècle en France (dans l'éducation, d'où oralisme forcé), ce qui a renforcé l'esprit communautaire et surtout le côté très revendicatif des sourds signants, qui, traumatisés par cette interdiction et l'oralisme forcé et mal adapté qui a suivi (ce qui a entraîné de gros échecs scolaires et surtout l'impossibilité de maîtriser le français), ont tendance, surtout pour les plus vieux, à rejeter en bloc l'oralisme.
Ce n'est que durant ces 20 dernières années, où l'interdiction de la langue des signes a été levée et que les professionnels de la surdité ont commencé à favoriser le bilinguisme que les choses se sont un peu arrangées, mais cet antagonisme risque d'être présent encore très longtemps.
Autant le langage des signes est quelque chose que n'importe qui peut apprendre à tout âge.
Plus simple à dire qu'à faire, car pour avoir un bon niveau en langue des signes, il faut de longues années. C'est comme apprendre une langue étrangère. Et de toute manière, le problème est surtout identitaire et culturel. On ne peut pas s'intégrer comme ça chez les sourds signants si on ne se sent pas comme eux.
Et d'ailleurs, mon cas n'est pas comme celui des entendants qui apprennent la langue des signes juste parce qu'ils trouvent ça "magique". J'y suis plutôt contrainte, car on n'arrête pas de me dire "pourquoi t'apprends pas la langue des signes ?", et ce genre de choses... forcément, on me tape dessus pour que je rentre dans la "norme" de ce que devrait être un sourd aux yeux d'un entendant : un sourd muet qui signe au lieu de parler...
Mais le bilinguisme est une richesse également. Il te restera donc toujjours la possibilité d'aller vers le langage signé un jour.
Je sais, et ça arrivera un jour, mais je serai obligée d'une manière ou d'une autre de renier une partie de mes 24 ans d'oralisme, donc je ne suis pas prête pour l'instant. Il y a tellement de sourds oralistes qui sont devenus presque exclusivement signants que je n'ai pas envie de finir comme ça aussi, parce que ça serait trop facile.
Plus j'essaye de visualiser la scène, plus j'ai tendance à me demander, "S'il y a un interprète, à qui je m'adresse moi ?" Je crois qu'il est naturel d'avoir tendance à s'adresser à l'interprètre. Ensuite, c'est à l'interprètre de rester dans son rôle d'interprêtre et de traduire. Et j'ai l'impression que c'est là que le bât blesse.
Voilà justement là où est le problème. Quand il y a l'interprète, je ne peux pas regarder le médecin en train de parler, puisqu'il faut bien que je regarde l'interprète pour savoir ce qu'il dit. Et regarder d'abord le médecin parler, puis regarder l'interprète répéter après, ce n'est pas l'idéal non plus. Et le médecin se retrouve aussi coincé : à qui s'adresser ? Le sourd ou l'interprète ? Et au final, le médecin en vient à ne plus parler qu'à l'interprète, à ne plus essayer d'écouter le sourd qui parle, et le sourd en vient aussi à ne plus faire l'effort de lire sur les lèvres du médecin, ni même d'articuler pour parler, car c'est tellement plus facile de laisser l'interprète faire tout le boulot...