Attendez-moi, j'arrive, je pense que j'en ai pas mal !
Enfin pas tant que ça par rapport à certain(e)s ici. Mais quelques petits trucs pas très marrants qui font dégringoler le château de cartes qu'on a eu du mal à se construire à l'intérieur.
- Quand je bossais comme hôtesse d'accueil, on fermait entre midi et deux. Je raccompagne un visiteur à la porte en lui expliquant qu'on ferme, et lui étonné "mais pourquoi?". J'ai dû répondre quelque chose du genre "Parce que vous n'êtes pas le seul à prendre une pause déjeuner, on n'est pas des machines" (mais très gentiment, avec le sourire, ça n'avait rien d'agressif). Et lui de répondre: "Et bien vous feriez mieux de sauter la pause déjeuner et de laisser ouvert, ça vous ferait pas de mal". (Sur le coup je n'avais même pas entendu sa réflexion, mais mon patron l'a traité de tous les noms jusqu'à ce qu'il sorte

)
- Au collège, les classiques "Gros tas", "baleine" et compagnie. Au lycée, un gars qui me plaisait, une amie va le chercher pour le lui dire, et au moment où il m'a vu il lui a dit "Euh non je veux pas lui parler je suis timide". Et j'y ai cru à l'époque. (Oui, je suis une grande naïve

) Mais à cette période, paradoxalement, mes problèmes de relations avec les garçons n'étaient pas liées à mon surpoids (enfin du moins dans ma tête. Pour moi il était tout à fait concevable de danser avec Mickael-le-bogoss à la boum du collège ou bien de draguer le petit blondinet pour qui je craquais complètement) (Inutile de préciser que ça ne marchait pas quand même).
- Au lycée une fois en cours j'avais reçu un mot "Tu es bien carrée dis donc, mort aux travestis". Ce qui m'a fait beaucoup rire tellement c'était nul.
- Au collège, j'étais la tête de turc de la classe en 4ème. Une période de ma vie que je n'aimerais vraiment pas revivre mais qui m'a blindée et m'a rendue beaucoup plus forte. (Et puis quand je vois ce que sont devenues les filles populaires du collège, je préfère ne pas avoir été populaire. Petite revanche mesquine).
Après, tout ça m'a marqué à divers degrés, mais c'est pas ce que je retiens et qui me reste en travers.
C'est plutôt
la bataille que ma mère a mené à mes kilos depuis que ma courbe de poids a décroché dans le carnet de santé. "I've never been skinny enough to make my mother happy". C'est tout à fait ça. Je n'ai jamais été assez mince pour ma mère. Elle a passé sa vie à se battre contre ses kilos, ne les assumant pas du tout, et du coup n'assumant pas les miens, à enchaîner les régimes, et tout ça ne l'a pas rendu plus mince ou plus heureuse pour longtemps.
Miminini a écrit :-Ta mère est plus mince que toi a ton age elle n'étais pas aussi grosse que toi comment ça se fait?!
Moi c'est ma mère qui me dit "A ton âge j'étais beaucoup plus mince que toi. Et encore je me trouvais grosse".
J'en ai vu de toutes les couleurs. Des remarques. Des gestes. Je me souviens encore de la fois où elle m'a traîné de force en me criant dessus jusqu'à la balance un matin parce que je n'avais pas voulu me peser. Des "Les garçons n'aiment pas les grosses". Des "Qui veut du gâteau? Non pas toi ma chérie". "Tant que tu seras comme ça, aucun garçon ne s'intéressera à toi". "Ne te mets pas en débardeur au lycée, ça te fait des gros bras". "Il faut que tu fasses attention, mange ça comme ça mange pas ça". Et j'en oublie. Sans compter la famille entière qui ne juge que par le tour de taille, et dont la première réflexion en ouvrant un album-photo est "elle a grossi/maigri".
J'ai mis longtemps à me détacher de cette image négative de moi que ma mère me renvoie. "Pour mon bien". Aujourd'hui j'arrive à prendre beaucoup plus de recul. Quand je suis parti à l'étranger, je n'ai pas du tout fait attention à mon poids et pourtant j'avais fondu. Quand ma mère me l'a fait remarquer, j'ai répondu "C'est sûrement parce qu'il n'y avait personne sur mon dos pour me faire des réflexions". Maintenant, j'essaie de lui expliquer que non, je ne fais pas exprès d'être grosse, que si je pouvais, j'aimerais bien me débarrasser de mes kilos, mais qu'en attendant, je vais pas pleurer et faire avec. Mais non, il ne faut pas que je résonne comme ça sinon je ne maigrirai jamais. Son cas est définitivement perdu je crois.
A côté de ça, je n'ai jamais considéré mes kilos comme la cause première des malheurs que j'ai pu avoir. Mais malgré tout, malgré mon optimisme, les jours sans, démoralisée, la moindre petite remarque négative me fait perdre absolument toute ma confiance en moi d'un coup. Et après, il faut tout reconstruire avant de retourner affronter le monde extérieur.
Désolée pour cette tartine fascinante, il est tard et je déverse ma frustration.
