Bonjour,
Je suis tombée sur ce post en faisant quelques recherches sur certains aspects de l'industrie du sexe (en fait disons j'ai travaillé sur le sujet de l'esclavage moderne et le trafic humain dans l'industrie agro-alimentaire/textile, et j'ai voulu trouver des données comparatives avec l'industrie du sexe et de la pornographie). Bon ok c'est pas sur ce topic que je vais trouver mes chiffres mais j'ai trouvé vos arguments intéressants, je voulais y rajouter mon grain de sel.
Peut-être est-ce une déformation professionnelle, mais j'ai l'impression que tant pour ce qui est de la prostitution que pour le porno, la question du choix des prostituées/actrices est "marginale".
J'espère ne pas vous choquer avec cette formulation, alors je m'explique. On sait bien que pour les prostituées, l'immense majorité n'en a absolument pas fait le choix; pourtant dans le discours sur la prostitution, on parle souvent de ces femmes devenues prostituées par choix. Celles qui en ont fait le choix sont en quelque sorte
l'arbre qui cache la forêt: on trouve trois prostituées à interviewer qui affirment l'avoir fait par choix pour ensuite asséner qu'une proportion assez considérable des prostituées ont fait de même. Oui il en existe qui ont choisi, mais les associations qui travaillent sur le terrain seront unanimes là -dessus: elles sont extrêmement minoritaires. La plupart ne sont pas sur le trottoir par envie, c'est un fait.
Ce n'est pas comparable avec le porno direz-vous... alors certes les conditions sont différentes: en particulier, l'écho médiatique, la place privilégiée de certaines star du X sur les tapis rouges, internet, etc, fait que certainement un bon nombre de filles embrassent cette carrière par choix, mais l'activité "de base" est qd même la même. je ne vais même pas entrer dans le débat pour savoir si elles ont été violées dans leur enfance ou pas, s'il faut les plaindre ou pas. Ces filles ont fait un choix et il ne nous appartient pas de le confisquer.
Le problème c'est qu'à côté de ces filles qui ont choisi, il y en aura bcp, bcp qui n'ont pas choisi. Que ce soit des filles issues de certaines filières de prostitution, que ce soit des tournages à l'étranger car moins chers à produire (pour lequel on emploie une star qui travaillera dans de bonnes conditions mais à côté d'elle plusieurs autres actrices "locales" qui travaillent dans de tout autres conditions sans avoir de rang de "star" pour les protéger), que ce soit des tournages moins encadrés que ceux des grosses boîtes de production. Je pense que l'industrie du X est bcp moins rose qu'il ne peut y paraître qd on suit le parcours de certaines stars françaises ou américaines.
Quelle est la proportion de ces filles qui ne font pas de choix libre? C'est ca la grande question. Imaginons que 80% des actrices sont consentantes librement (en était très très optimiste), est-ce que ça nous dispense de considérer les conditions déplorables dans lesquelles les 20%restantes tournent? Elles ne peuvent pas être considérées comme des simples dommages collatéraux.
C'est une réalité qu'il existe une proportion non négligeable des actrices des films X qui ne s'y trouvent pas par choix. Quand dans un film on voit une jeune thaï de 16-18ans se faire sauter par 3vieux mecs (qui eux seront rarement thaï, et c'est révélateur d'un certain "tourisme" de production pornographique), ya assez peu de chances pour qu'elle ait fait un choix libre à la Clara Morgane ou Ovidie.
Un autre sujet sensible à ce sujet est, indépendamment du choix des filles de s'y
lancer, ce qu'elles doivent accpeter pour
durer. C'est un fait que plus le temps passe, plus ce qui était considéré comme extrême dans le passé devient banal aujourd'hui. Il suffira qu'une actrice influente réussisse à faire un double-triple-quadruple-je-ne-sais-quoi pour que dans les quelques années qui suivent, cette pratique devienne un basique incontournable pour toutes (et tous, d'ailleurs).
Alors l'actrice influente le fera pour peut-être des dizaines de milliers d'euros, mais toutes celles qui tirent le diable par la queue (sans mauvais jeu de mot

), elles qui se voient plus ou moins exigées de suivre et le feront pas pour les mêmes sommes et pas vraiment par envie personnelle (et encore moins dans le cas de la proportion dont j'ai parlé plus haut qui ne sont déjà à la base pas actrices par choix). On est qd même dans un milieu où la demande est extrêmement forte, où le spectateur se lasse très vite et veut toujours plus, c'est illusoire de croire que cela n'a pas effet de forcer à main, à au moins une proportion non négligeable d'elles.
Qu'elles aient été violées dans leur enfance ou pas est même pas la question ici (c'est débile de croire qu'il y a relation de cause à effet direct), se retrouver dans un certain contexte professionnel où l'exigence va vers un certain type de choses, ça limite la possibilité de certaines de dire non, quand on est pas au sommet de la pyramide. Même dans les industries plus "traditionnelles", la pression sur les salariés peut porter à accepter bcp de choses malgré soi! Après on peut dire "elles n'ont qu'à arrêter", c'est vrai pour certaines qui pourraient arrêter et qui continuent par choix, goût pour l'argent, etc, mais c'est faux pour d'autres, bcp d'autres! Sinon ce serait comme dire "les employés de France Telecom qui se sont suicidés n'avaient qu'à dire non et se casser avant de se retrouver à se suicider".
Voilà en gros mon avis. Je pense qu'il faut réfléchir à ce problème sans se braquer sur les questions morales (du genre "se faire payer pour du sexe c'est bien ou pas bien"), mais plutôt se concentrer sur les conditions réelles de ce travail. il y a un réel problème de réglementation de cette activité dès qu'on sort des grosses boîtes de production et de certains lieux de production, et c'est là le vrai problème que j'ai avec le porno "de masse". Cette réflexion est d'autant plus importante qu'avec internet, le porno est passé à la vitesse supérieure en terme de demande et d'offre.
(désolée d'avoir été si longue!)