Pour moi, c'est un peu un mélange de plusieurs choses déjà citées:
Ma grand-mère maternelle nous a autant élevés que ma mère et chez elle, il fallait bien manger pendant les repas pour ne pas avoir faim et grignoter entre deux. Il était aussi hors de question de sauter un repas à moins d'être malade et encore, elle nous préparait alors un bouillon. Elle voulait surtout, je pense, nous éviter d'avoir faim dans le sens de manquer de nourriture, comme elle l'avait ressenti durant la guerre. Si on ne finissait pas notre assiette, elle nous disait de penser aux pauvres malheureux qui meurent de faim et seraient bien contents d'avoir notre assiette.
Par la suite, la mode des régimes est arrivée. C'est à ce moment que mamie et maman ont commencé à regarder de plus près ce qu'on mangeait. Il fallait absolument qu'on mange aux heures des repas et au goûter, mais interdiction de grignoter entre deux et ne pas se resservir sutout. Mamie a commencé à nous proposer des repas "allégés", c'est à dire cuisinés sans graisse ou vraiment le strict minimum et à nous faire faire de la gym.
Maman avait lu que pendant un régime il ne fallait surtout pas avoir faim pour ne pas être tenté de manger n'importe quoi, alors nous avons continué à manger aux heures des repas, toute notre assiette non seulement pour ne pas gaspiller,mais aussi pour ne pas avoir faim avant le prochain repas. Ce qui fait qu'assez vite la faim a été remplacée par l'envie de manger. J'ai commencé à grignoter en cachette.
Quand je suis partie de chez mes parents, j'avais toujours cette habitude de manger aux heures des repas, toute mon assiette mais sans "garde-fou", le grignotage était plus tentant et puis le stress dû à des problèmes personnels sérieux ont fait que j'ai pris 30 kilos en moins de 6 mois.
J'ai commencé à faire des régimes, avec toujours en tête que pendant un régime, il ne faut pas avoir faim. Alors par exemple, si je mangeais des haricots verts, j'en mangeais presque 1kg pour être sûre de ne pas avoir faim une heure après parce qu'on m'avait toujours dit que les légumes ne faisaient pas grossir et qu'ils ne calaient pas autant que les féculents ou la viande. Donc je compensais la qualité par la quantité.
Du coup, quand j'arrêtais un régime, je mangeais les mêmes quantités mais plus seulement des légumes ou des fruits. Je me suis retrouvée avec des assiettes énormes que je me forçais à manger jusqu'au bout pour ne pas gaspiller et après mon assiette, je finissais le plat et parfois même l'asiette de zom, toujours pour ne pas jeter. Je me rends compte que j'étais devenue l'alternative à la poubelle.
Je me rends compte qu'on m'a inculqué (sans le vouloir, parce qu'à l'époque on ne savait pas ce qu'on sait maintenant) la peur de la faim. Et pendant des années, je n'ai quasiment pas eu l'occasion de la ressentir. Je l'avais remplacée par l'envie de manger.
Aujourd'hui, je n'ai plus peur d'avoir faim, à chaque fois que je ressens la faim, c'est une petite victoire. Ce qui me fait peur, c'est de ne rien avoir à manger au moment où j'ai faim, parce que j'ai peur que le manque occasionné ce manifeste ensuite par le retour de mes envies irrépressibles de manger. Comme je n'ai pas encore complètement vaincu ces envies, je n'ai pas besoin de les favoriser en me privant quand j'ai faim.
Désolée pour la longueur de mon post

, je crois que le fait d'écrire tout ça m'a permis de réaliser certaines choses que je savais mais dont je n'avais pas frocément conscience et je me suis un peu étalée.
