Celles qui me connaissent un peu savent que j'ai fais de l'anorexie. Il y a quoi ? Deux, trois ans ? Je m'en suis sortie, mais pas toute seule. J'ai crée une certaine stabilité, et j'ai même repris un peu de poids. Oui, évidemment, ça m'ennuyait un peu, mais au fond j'étais rassurée. Ana n'était plus là , et que je fasse 75 ou 70 kg ce n'était pas vraiment grave (je suis « partie » de 99)
J'ai souris. J'ai retroussé mes manches et monté mon entreprise. Et monté des projets d'avenir.
Mais là , depuis quelques mois, je n'arrête pas de me prendre des baffes. C'est tout le temps, sur pleins de sujets différents : Famille (surtout famille), Amis, Travail (2 effractions en un mois, ça fait mal), Evidence.
Je me doutais un peu que tout n'allais pas bien. J'avais retrouvé mon addiction aux céréales, et ça, déjà , ça fait réfléchir.
Et là , hier, je l'ai croisée au coin de mon regard. Ana était de retour. Ana qui fait peur, qui fait pleurer, qui fait de mon regard son miroir sur le monde et de mon ventre son antre secrète.
Oui, je sais, je l'appelle Ana. Comme les « pro-Ana », alors que je n'en suis pas une.
Mais voyez vous, elle m'a sauvé la vie, il y a deux (trois ?) ans. Elle m'a détruite et elle m'a sauvé la vie. Sans elle, sans cet objectif qu'elle me donnait chaque jour, sans cette manière cruelle de détourner mes pensées, je me serai foutu en l'air. Je le savais. Et je le sais aujourd'hui.
Puis j'ai réussi à me sortir d'elle, et je pensais être guérie. C'est idiot, hein ? J'en avais pourtant lu, des témoignages disant qu'on restait toujours « fragile » une fois qu'on avait connu l'anorexie. Oh, je me doutais bien que ce n'était pas parfaitement normal de me peser matin et soir. Mais on était déjà tellement loin des dix fois par jour ...
Donc elle est de retour, j'ai basculé.
Et j'ai peur. Car avec elle est revenue cette tristesse monstrueuse, cette envie de devenir plus petite, de prendre le moins de place possible, pour, peut être, qu'on ne me tape plus dessus.
Cela paraît simple, de l'extérieur. Mais manges donc ! Tu n'as pas mangé hier ? La belle affaire ! Mange aujourd'hui. Manger ? Quand la simple idée me donne envie de pleurer ?
Car elle est comme ça, Ana. Moi, elle me tient ainsi. Chaque fois que je pense à me nourrir, à me remplir, elle me renvoie en pleine figure ce qui me donne envie de ne plus exister. Alors je serre les dents, et je refoule mes larmes.
Manger ? Quand j'ai cette boule au ventre qui me prend toute la place ?
Manger ? Quand j'ai déjà perdu un kg depuis hier ?
Manger ? Vivre ? Sourire ?
Ana est au fond de mon regard.
Excusez moi. J'ai sorti ce texte d'une traite parce qu'il fallait qu'il sorte, parce que le garder en moi serait dangereux. Je le poste à vos regards sans doute pour avoir un retour bienveillant, sans doute pour m'excuser, sans doute pour prévenir.
Ma maladie, celle contre laquelle je me bats, c'est l'anorexie. Et je dois l'accepter, lui donner son nom, et ne pas en avoir honte. Comme certaines d'entre vous, j'ai un rapport à la nourriture, au corps, difficile.
J'avais besoin de l'écrire pour le lire, pour prendre du recul. J'ai posé des mots dessus, je sais contre quoi je vais me battre. Et dès demain je vais le faire.
Je ne veux plus héberger Ana.
J'ai souris. J'ai retroussé mes manches et monté mon entreprise. Et monté des projets d'avenir.
Mais là , depuis quelques mois, je n'arrête pas de me prendre des baffes. C'est tout le temps, sur pleins de sujets différents : Famille (surtout famille), Amis, Travail (2 effractions en un mois, ça fait mal), Evidence.
Je me doutais un peu que tout n'allais pas bien. J'avais retrouvé mon addiction aux céréales, et ça, déjà , ça fait réfléchir.
Et là , hier, je l'ai croisée au coin de mon regard. Ana était de retour. Ana qui fait peur, qui fait pleurer, qui fait de mon regard son miroir sur le monde et de mon ventre son antre secrète.
Oui, je sais, je l'appelle Ana. Comme les « pro-Ana », alors que je n'en suis pas une.
Mais voyez vous, elle m'a sauvé la vie, il y a deux (trois ?) ans. Elle m'a détruite et elle m'a sauvé la vie. Sans elle, sans cet objectif qu'elle me donnait chaque jour, sans cette manière cruelle de détourner mes pensées, je me serai foutu en l'air. Je le savais. Et je le sais aujourd'hui.
Puis j'ai réussi à me sortir d'elle, et je pensais être guérie. C'est idiot, hein ? J'en avais pourtant lu, des témoignages disant qu'on restait toujours « fragile » une fois qu'on avait connu l'anorexie. Oh, je me doutais bien que ce n'était pas parfaitement normal de me peser matin et soir. Mais on était déjà tellement loin des dix fois par jour ...
Donc elle est de retour, j'ai basculé.
Et j'ai peur. Car avec elle est revenue cette tristesse monstrueuse, cette envie de devenir plus petite, de prendre le moins de place possible, pour, peut être, qu'on ne me tape plus dessus.
Cela paraît simple, de l'extérieur. Mais manges donc ! Tu n'as pas mangé hier ? La belle affaire ! Mange aujourd'hui. Manger ? Quand la simple idée me donne envie de pleurer ?
Car elle est comme ça, Ana. Moi, elle me tient ainsi. Chaque fois que je pense à me nourrir, à me remplir, elle me renvoie en pleine figure ce qui me donne envie de ne plus exister. Alors je serre les dents, et je refoule mes larmes.
Manger ? Quand j'ai cette boule au ventre qui me prend toute la place ?
Manger ? Quand j'ai déjà perdu un kg depuis hier ?
Manger ? Vivre ? Sourire ?
Ana est au fond de mon regard.
Excusez moi. J'ai sorti ce texte d'une traite parce qu'il fallait qu'il sorte, parce que le garder en moi serait dangereux. Je le poste à vos regards sans doute pour avoir un retour bienveillant, sans doute pour m'excuser, sans doute pour prévenir.
Ma maladie, celle contre laquelle je me bats, c'est l'anorexie. Et je dois l'accepter, lui donner son nom, et ne pas en avoir honte. Comme certaines d'entre vous, j'ai un rapport à la nourriture, au corps, difficile.
J'avais besoin de l'écrire pour le lire, pour prendre du recul. J'ai posé des mots dessus, je sais contre quoi je vais me battre. Et dès demain je vais le faire.
Je ne veux plus héberger Ana.
Si Dieu n'avait fait la femme, Il n'aurait pas fait la fleur.
[Victor Hugo]
[Victor Hugo]
