Je suis surprise d'apprendre qu'adopter soit si compliqué en France!
C'est certain qu'ici aussi, nous sommes évalués sous tous les angles, et je trouve ça bien correct, mais l'intervenante à qui j'ai parlé m'a dit qu'a priori, nous devrions satisfaire aux critères sans problème. Je n'ai pas de problème avec les évaluations psychosociale. Je crois vraiment que nous avons ce qu'il faut pour être des parents adéquats, sans être parfaits ni trop assurés, après tout, ce sera notre première fois à nous aussi!
Le fonctionnement ici est long mais, à mon sens, pas trop compliqué. Une fois acceptés par le centre jeunesse de notre région, il ne reste qu'à attendre, en moyenne 7 ans pour une adoption régulière et deux ans (ou moins ces temps ci) pour une adoption en banque mixte. Nous avons opté pour l'adoption régulière puisque les enfants de la banque mixtes sont aussi des bébés naissants mais la dasaffiliation légale n'est pas faite. Ils sont identifié comme à hauts risques d'abandon, et c'est ce qui arrive dans plus de 90% des cas, mais il y a toujours une possibilité que le parent biologique revienne pendant la première année et ça, c'est une idée que je ne me sens pas prête à assumer pour le moment et qui, je crois, m'empêcherait de m'attacher complètement à mon enfant dans cette période si cruciale de son développement. Mais dans les deux cas si on le veut, on a l'enfant quelques heures après qu'il soit né ce qui, je crois, maximise les chances d'un bon départ.
Bien sur, il y a d'autres défis avec un enfant adopté. J'ai pourtant autour de moi plusieurs familles pour qui ça se passe bien alors que j'ai ramassé une bonne amie à la petite cuillère après ses trois rendez-vous manqué en PMA. Je l'ai vu changer pendant les traitements hormonaux, pleurer après ses échecs et assisté à l'effondrement graduel de son couple. Oui, ça me terrorise, mais peut-être que j'ai tord.
J'ai aussi de la difficulté à me faire à l'idée de déjouer mon corps pour enfanter. C'est tellement complexe, la grossesse, et on est loin de tout y comprendre. En PMA, on passe par dessus des processus de sélection naturelle qui me semblent un peu surréels. D'un autre coté, ma tante à une famille d'acceuil avec 13 (!!!) enfants très épanouis. Le plus vieux à 16 ans et tout se passe sans problème. Il y a surement aussi des gens pour qui ça se passe plus difficilement, mais je connais aussi des tas de famille biologiques ou c'est la catastrophe...
Pour moi, la grosse différence reste dans le fait de porter ou pas l'enfant. Et pas que pour moi, pour lui aussi. Surtout.
je reste persuadée que pour la plupart des parents infertiles, elle reste une parentalité de substitution, même si beaucoup n'en ont pas conscience.
Pourquoi donc?
C'est sur que lorsqu'on a donné des années de sa vie à essayer de concevoir un enfant, le deuil est d'autant plus violent, mais pourquoi des parents infertiles ne pourraient ils pas au départ faire le choix d'adopter plutôt que de se lancer dans des procédures médicales? Je déplore vraiment le fait qu'ici, au Québec, on ne présente pas cette option aux patients, comme si ça allait de soi que lorsqu'on arrive pas à tomber enceinte, on a besoin de traitements médicaux pour le devenir et qu'il faut essayer coute que coute. Et si les gens autour croient en plus que c'est un choix de substitution que d'adopter, ça rend surement la démarche encore plus difficile.
Je crois profondément que la maternité, c'est plus qu'un lien biologique. Je suis très probablement influencée par mon histoire mais je suis persuadée que les liens affectifs peuvent être bien plus puissant que les liens du sang. Le sang, c'est une excuse pour que ce crée ce lien.
Je dois avoir l'air vendue à l'adoption mais je ne le suis pas du tout. En fait, je me sens complètement déchirée.
Nos plans, c'était d'avoir un enfant naturel, puis d'adopter. Là , je ne sais plus. Je vous avoue que je me sens égoïste d'hésiter pour aller en PMA. Ça ferait bien plaisir à tout le monde. Même mon endocrinologue me pousse en me faisant des air incrédules quand je lui parle d'attendre encore un peu avant d'aller chez Procréa. Je ne sais pas, je ne suis pas sure, et ce qui est certain, c'est que je sens beaucoup de pression pour aller dans cette voie là . Je pense aux enfants que je pourrais adopter et je me sens plus près d'eux que d'un éventuel bébé qu'on aurait forcé à venir s'implanter dans mon corps.
Bref, plus sure de rien, mais je suis quand même persuadée que l'adoption est une bonne idée pour nous. Je n'arrive juste pas à faire complètement le deuil de porter la vie...
Et plusieurs personnes se chargent souvent, sans le savoir, de tourner le fer dans la plaie... Je penses à toutes ces clientes qui me demandent si j'ai des enfants, à celles qui semblent moins me respecter de ne pas en avoir, comme si une sage-femme qui n'avait pas accouché avait moins d'affaire en périnatalité qu'un gynéco qui ne le pourra jamais...
Ce que je me demande, c'est si au fond, ça vaut la peine d'aller en PMA. Je ne sais pas et pourtant, j'y pense sans arrêt ces temps ci...
Merci de lire ce long roman! Je me sens un peu seule dans ma position mais j'ai quand même l'impression que vous pouvez comprendre le déchirement et ça me fait du bien...